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QUI VEUT GAGNER UN GREENWASHING DE CERVEAU ? (Home de Yann Artus-Bertrand) Qui veut gagner un greenwashing de cerveau ?

Les Américains avaient remporté un Oscar avec Une vérité qui dérange, le diaporama d’Al Gore. Pourquoi le business-producteur Luc Besson ne serait-il pas distingué lui aussi, en faisant appel au business-photographe Yann
Arthus-Bertrand, fin connaisseur de « La Terre vue du ciel », le best-seller du business-éditeur La Martinière ? En effet, il se trouve que la Terre va mal, comme tout le monde sait, à part quelques “technoscientistes” fanatiques.
Il se trouve que le public est, à juste titre, inquiet face aux catastrophes qui s’annoncent. Mais ce public ne veut pas changer son train de vie et rêve d’une solution miracle. Le film du célèbre “hélicologiste” va le conforter dans ce raisonnement intellectuel. Que nous dit-il ? Oui, la Terre va mal, le dérèglement climatique a commencé, les sècheresses et les inondations arrivent. Oui, nous gaspillons des ressources accumulées depuis plus de 4 milliards d’années, et elles vont s’épuiser en quelques décennies. YAB, qui sait intuitivement qu’un travelling est affaire de morale, saute dans son hélicoptère et part filmer la fonte des glaciers du Groenland et des lacs de Sibérie, et Dieu, que c’est beau !… Jamais film n’aurait mieux mérité le label « Connaissance du Monde », puisqu’il s’agit bien d’un documentaire global.
On trouve là quelques informations bonnes à rappeler (l’écosystème planétaire est fragile, 3% des paysans possèdent un tracteur alors que l’agriculture pétrolière consomme 70% de l’eau, 20% des hommes consomment 80% des richesses ; la déforestation, la surpêche, les mégapoles…), mais elles sont assénées par
un commentaire tragique, là où Gore avait le mérite de faire une analyse scientifique. Car, avec sa musique envahissante, Home est une sorte de version esthétisante et touristique, délectable et documentée, du film de Gore. Malheureusement, la dernière partie vient rassurer, endormir toute possible contestation : “Il est trop tard pour être pessimiste”. Et d’énumérer toutes
les raisons d’espérer : l’écotourisme, le commerce équitable, le photovoltaïque… Ben voyons, “soyons des consommateurs responsables !”…

Voilà qui est bien dans l’air du temps, fait de confusion mentale, de mélange de lucidité intellectuelle et de cynisme, de déni, d’hypocrisie, et de récupération idéologique. Dès les premières images, les logos du groupe PPR (Pinault-Printemps-Redoute) s’assemblent pour former le mot Home, et le film se clôt en remerciant les 88 000 collaborateurs du groupe, fleuron de la société
de consommation, du luxe, de la mode et des loisirs… Serait-ce une opération de blanchiment d’argent sale, pardon, de verdoiement d’argent pollué ? Le film a bénéficié d’un redoutable plan média pour sortir le 5 juin (journée mondiale de l’environnement) dans 50 pays (sur tous supports : cinéma, TV, Internet, DVD, CD, livres…). C’était deux jours avant les élections européennes. Les écologistes en ont peut-être profité… L’électeur a donc accompli sa b.a., et point final. On ne changera rien, car personne, à part un objecteur de croissance, n’aurait envie de revenir aux années 1950, quand nous ne consommions qu’une seule Terre. Tout pourra continuer comme avant, avec la catastrophe en plus, mais ce sera de la faute aux Américains et aux Chinois…