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Cannes : premiers éléments Fiches du Cinéma n°1943, du 20 mai 2009

Le festival de Cannes, c’est d’abord une occasion de voir des films en masse et d’en retirer du plaisir gratuit. Mais si on veut intéresser la partie, on peut aussi envisager ça comme une enquête. Chaque film se regarde alors comme un indice, à travers lequel on tente d’élucider quelques questions : qui aura la Palme ? Qui aura un prix ? Qui regrettera d’être venu ? Quelle est la tendance de l’année ? Quelle révélation nous est faite sur ce qu’est le cinéma cette année ? Quelles modifications sur la carte du monde du cinéma cela fait-il apparaître ?

Aujourd’hui, c’est dimanche. Quatrième jour de la compétition. On peut déjà faire un premier point sur l’enquête, en posant sur la table les quelques éléments dont nous disposons déjà. Côté pronostics, le film sur lequel on peut le plus sérieusement miser est pour le moment Un prophète de Jacques Audiard : gros potentiel pour un prix d’interprétation, client sérieux pour un prix de la mise en scène, Palme tout à fait envisageable. Il semble, à première vue, que la compétition joue la montée en puissance, et – même si Fish Tank de Andrea Arnold ou Bright Star de Jane Campion ont leurs fans – le film d’Audiard apparaît donc comme la marque d’un franchissement de palier dans cette progression. Toutefois, à l’heure qu’il est, tout pronostic apparaît encore peu fiable.
Du côté de la géographie, c’est pour le moment l’Asie qui a été très mise en valeur. La Chine d’abord avec Nuits d’ivresse printanière de Lou Ye, qui vaut davantage pour son statut de film tourné sous le manteau que pour ses qualités intrinsèques. Le Japon avec le caressant Air Doll de Kore-eda. Les Philippines avec le cinglant Kinatay de Brillante Mendoza. La Corée, enfin, avec une très grosse délégation : Park Chan-wook en Compétition, Hong Sang-soo à la Quinzaine, Bong Joon-ho à Un Certain Regard. Tous trois ont confirmé leur style, leur originalité, leurs univers, mais sans vraiment surprendre ou marquer une nette progression.

Du côté des tendances, enfin, on est assez globalement frappé par le fait que les films – toutes sélections confondues – sont presque systématiquement trop longs. Comme si les cinéastes privilégiaient la beauté des moments sur la cohérence de l’ensemble, la construction d’une univers puissant sur la composition d’une œuvre parfaite. On a donc l’impression que l’on nous sert des tranches de cinéma, dont la taille paraît tout à fait arbitraire, qui se révèlent parfois un peu indigestes, mais offrent presque toujours d’assez savoureuses surprises : ici une mousse tendre et sucrée, là quelques fruits confits craquants, ou alors un piquant clou de girofle. Pour l’exemple, Lou Ye, Kore-eda, Park Chan-wook, Pedro Costa, NoBuhiro Suwa, ou même Copolla en personne ont donné le sentiment de livrer des films mal taillés, avec des fins à tiroirs ou des bobines inutiles, ce qui ne les empêchait pas d’être souvent gracieux, imaginatifs et stimulants. Étrange phénomène collectif… Pour ce qui est des thèmes, on relève beaucoup de films sur la famille, et puis une tonalité globalement très sombre et desespérée. À suivre… Nous poursuivons l’enquête, nous allons faire la lumière sur ces différentes affaires, et vous tiendrons au courant.

Nicolas Marcadé