Rechercher du contenu

Le prix de l’héroïsme Fiches du Cinéma n°1935, du 25 février 2009

La semaine prochaine [1], les Watchmen envahiront simultanément les écrans du monde entier. Cette sortie mondiale, apparemment banale pour un film de 130 millions de dollars de budget, a pourtant longtemps été dans la balance. Le film de Zack Snyder s’est, en effet, retrouvé au cœur d’un imbroglio judiciaire et financier assez étonnant, et qui jette à nouveau une lumière plutôt crue sur les us et coutumes de l’usine à rêves hollywoodienne.

À la base, il y a un roman graphique, scénarisé par celui que l’on présente parfois comme le plus grand auteur de comics vivant : Alan Moore, dont les œuvres ont récemment été adaptées (avec plus ou moins de bonheur) dans des films comme From Hell (2002), La Ligue des Gentlemen extraordinaires (2003) ou V pour Vendetta (2006). Sorti au milieu des années 1980, « Watchmen » est de loin son œuvre la plus ambitieuse et la plus accomplie, et s’est révélée être un succès critique et commercial. Rapidement, l’idée d’un film prend forme. Le producteur Lawrence Gordon se procure les droits de l’adaptation, et propose le projet à la Fox, qui pose une option et accepte de le développer. Gordon se met en quête d’un cinéaste, et éveille l’intérêt de Terry Gilliam. Seul problème : si l’ancien Monty Python admire fortement la BD, il la juge très rapidement totalement inadaptable. Et pour cause : l’intrigue entremêle le temps présent (l’enquête menée par
le justicier Rorschach) et toute l’histoire du XXe siècle, réécrite de manière à y inclure l’existence de super-héros influant sur les événements ou s’y pliant difficilement. Un simple long métrage courait le danger de négliger les éléments qui concourent précisément à la richesse et à la profondeur de l’œuvre. Gilliam jette l’éponge, puis la Fox se désintéresse de l’affaire et le projet reste en suspens.

Mais voilà, les résultats spectaculaires au box-office des films de super-héros vont rendre « Watchmen » de nouveau attractif. Gordon propose alors le projet à la Warner, qui n’a pas encore battu tous les records avec The Dark Knight, et s’associe à la Paramount, qui se chargera de distribuer le film à l’étranger. C’est là que les choses se compliquent. En effet, le projet est développé (d’abord sous l’égide de Paul Greengrass, puis finalement avec Snyder) sans que personne n’ait pensé à racheter l’option posée par Fox… Du coup, quelques semaines avant la sortie, le studio prétend que le film lui appartient de fait. La justice fédérale rend son verdict : le projet appartient à la Fox… Pour éviter la catastrophe, les deux majors se sont entendues pour le marché américain. La Fox est payée pour son option, et touchera un pourcentage sur les entrées, le merchandising et les recettes DVD. Malgré le verdict clément, la Fox hérite du rôle du “méchant”, puisque les amateurs de comics lui reprochent des adaptations artistiquement douteuses (Les 4 Fantastiques, Elektra), comparées aux Batman de la Warner. Cette couverture médiatique imposante et imprévue accroît la pression qui pèse sur Snyder et son mystérieux film : les financiers espèrent le voir refaire le coup de 300 (carton surprise du printemps 2007), les fans prient pour une adaptation au moins aussi réussie que The Dark Knight ! Tous les regards sont donc pointés vers Snyder. Mais lui est déjà sur un autre projet…

Pierre-Simon Gutman