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Et vive le cinéma de papa ! Claude Berri (1934-2009)

“Le dernier nabab” répéta une presse moutonnière après la disparition de Claude Berri, reprenant le titre d’un document que lui avait consacré la télévision en 2003. “Nabab : personnage fastueux et très riche” nous indique le Robert. “Riche”, peut-être, mais “fastueux” n’est vraiment pas le qualificatif adapté pour celui qui resta toujours un artisan fou de cinéma, qu’il réalise ou produise, des films intimistes ou des grosses machines. Je n’ai vraiment compris que récemment pourquoi j’ai toujours eu une sympathie profonde pour cet homme que je n’ai jamais rencontré et dont je n’ai pas toujours aimé les réalisations ni les productions. Voici : très jeune, Claude Langman, pas encore Berri, voulait à tout prix être acteur. Son rêve ? Le TNP de Jean Vilar. Lorsqu’il créa sa société de production, il lui donna le nom de Katharina Renn, en hommage à cette immense comédienne qui créa les premières grandes pièces de François Billetdoux (« Tchin-Tchin », « Va donc chez Törpe »). « Tchin-Tchin » put être monté en 1959 grâce à l’argent qu’il récolta auprès des collègues fourreurs de son père. À 25 ans, Berri était sur scène. Pas étonnant que dans l’un de ses meilleurs films, le sensible et nostalgique Cinéma de papa (1970), François Billetdoux apparaisse en auteur, pas étonnant non plus que “papa” y soit incarné par cet autre artisan d’un cinéma à la fois populaire et personnel qu’était Yves Robert.

Je n’ai jamais voulu faire des affaires, j’ai partagé le magot” écrivit dans ses mémoires notre vrai-faux nabab évoquant sa carrière de producteur. La liste de ses productions, qui s’achève sur le triomphe public des Ch’tis, le confirme. Berri fut un grand producteur, courageux, à l’ancienne : nous y reviendrons dans « L’Annuel ». Il le devint en 1967, pour ressusciter son enfance (et Michel Simon !) dans son formidable Le Vieil homme et l’enfant. “D’une carrière d’acteur ratée est née ma volonté de faire de la mise en scène, […] puis d’une carrière de metteur en scène plus ou moins ratée est venue mon envie de devenir producteur” déclara-t-il (non sans coquetterie) à « Paris Match » en novembre 2006. Réalisateur plus ou moins raté, vraiment ? Inégal, certes. Peu à l’aise dans les fresques où il semble se brider :Germinal, Jean de Florette, Manon des sources et même Lucie Aubrac, nonobstant leur succès public sont de beaux objets par trop désincarnés.

Ce qui restera à coup sûr de Berri, ce sont ses films autobiographiques, les déjà cités Le Vieil homme et l’enfant et Le Cinéma de papa. Il faudrait y ajouter le mal connu Pistonné (1969), tristes mésaventures de Langman-Bedos sous les drapeaux, au Maroc juste avant l’indépendance. Ou, plus près de nous, le poignant Une Femme de ménage (2001), tout entier marqué par la dépression qui l’avait frappé. Uranus, grosse production mais magistrale et subtile transposition de Marcel Aymé (1990), tient une place à part dans son œuvre : Berri semble y régler ses comptes avec la période de l’Occupation qui l’a – et pour cause ! – tant marqué. Il suffit de comparer le fragile et doux-amer Moment d’égarement (1977) avec le laborieux remake qu’en fit le pourtant grand Stanley Donen en 1984, pour constater combien il pouvait être un excellent réalisateur. Un réalisateur qui, on l’a un peu oublié, avait été oscarisé en 1963, dès son premier court métrage, Le Poulet.

Christian Berger