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2008 : ROUND D’OBSERVATION

Le rituel est immuable. L’année se termine : vous avez donc voté, et nous aussi. Le dépouillement des votes est l’occasion d’esquisser un premier bilan à chaud.
Un constat, d’abord : nous avons fait, vous et nous, des ex-aequo. Ce qui fait quatre numéro un : quatre films américains. On ne saurait imaginer confirmation plus exemplaire de la vitalité du cinéma US sur le terrain de ce qu’on appellerait chez nous le cinéma du milieu : une approche qui sait à la fois traiter pleinement le cinéma comme un art (c’est-à-dire une discipline esthétique et un mode d’exploration de l’existence) et maintenir fermement le contact avec la fonction magique initiale du cinéma et son statut de divertissement de masse. Ce cinéma américain haut de gamme – celui des Coen, de Gray, d’Anderson (Paul Thomas mais aussi Wes), de Burton, Eastwood ou Nolan – est donc fondé sur un art du compromis, ce qui explique de façon tout à fait naturelle que ce soit autour de lui que se fasse le consensus entre la critique et le public, et entre les sensibilités les plus variées.
La majorité des points d’orgue de l’année, l’essentiel des films donnant l’idée d’une forme de perfection, étaient américains. Avec des mémoires différemment sélectives, nous nous en sommes souvenu, et vous et nous.

Toutefois, plus bas dans les listes, nous avons vu apparaître un fourmillement de chouchous fragiles, coups de cœurs inattendus, curiosités précieuses. Ainsi se reflétait l’autre aspect de cette année cinématographique 2008. Une année, dont on a eu le sentiment qu’elle semait davantage qu’elle récoltait, et qui fut marquée de bout en bout par un bouillonnement créatif encore un peu informe, mais énergique et stimulant. Croisement entre le documentaire et la fiction (Valse avec Bachir, Entre les murs), hybridation des genres et des styles (Hunger), contamination du cinéma traditionnel par les nouvelles images de l’ère numérique (Redacted), exploration de la possibilité de dire “je” au cinéma (De la guerre, Les Plages d’Agnès), détournement de la figure du super-héros au profit d’une psychanalyse de l’Amérique (The Dark Knight)… : des pistes se sont ouvertes tous azimuts. Cela donne déjà quelques œuvres abouties et marquantes, mais cela produit surtout le sentiment réjouissant que les choses bougent et se transforment, que quelque chose se met en place sous nos yeux et se prépare à exploser. Dans l’Annuel du Cinéma 2009, nous allons nous efforcer de nous approcher plus près de ce bouillonnement, d’y faire des prélèvements et d’essayer de comprendre de quoi est faite cette effervescence. Mais déjà, on attend la suite avec impatience. Allons-y, commençons tout de suite 2009 !
Avant cela, puisque les fêtes constituent une occasion privilégiée pour les grands rassemblements familiaux, nous vous avons préparé, comme tous les ans, la photo de groupe des Fiches. Chaque rédacteur y est représenté par l’un de ses coups de cœurs de l’année (ce qui vous en dira plus sur ses goûts) et une photo judicieusement choisie (qui vous en dira… encore un peu plus). D’année en année, ces petites vignettes constituent une sorte de longue charade qui pourrait vous permettre de mieux nous deviner les uns et les autres.

Après l’imposant numéro que vous tenez entre les mains, nous allons prendre une pose pour manger des huîtres et lancer le chantier de l’Annuel. Nous serons de retour dans vos boîtes le 21 janvier. D’ici là, nous vous souhaitons d’excellentes fêtes de fin d’année.