Rechercher du contenu

Autour du milieu Fiches du Cinéma n°1912 du 30 juillet 2008

Politiquement, le mot “centre” a connu récemment une brève heure de gloire. Aujourd’hui, c’est déjà un peu passé, et on ne sait toujours pas très bien ce que c’était. Dans le monde du cinéma, c’est le mot “milieu” qui est à la mode. Là encore, on comprend assez mal ce que ça veut dire exactement, mais par contre on sent confusément que ça a bel et bien un sens. Financièrement, ce serait un point intermédiaire entre les gros budgets de l’industrie du divertissement et les bouts de ficelle du réseau indépendant. Artistiquement, ce serait un compromis entre
le cinéma-art et le cinéma-spectacle. Grâce à Pascale Ferran, le “cinéma du milieu” est désormais devenu un enjeu politique. On en parle beaucoup depuis le début de l’année, et on y reviendra certainement dès la rentrée. Mais en attendant, l’été pourrait être l’occasion de se remémorer un peu ce que c’est, ce que ça a été, le cinéma du milieu. Pour cela, les occasions sont multiples. Retenons-en deux :
la diffusion sur France Culture d’une série d’émissions consacrées à François Truffaut et l’édition en DVD d’un deuxième volume des œuvres complètes de Michel Deville.

La « Grande traversée » consacrée à Truffaut est une errance (divisée en chapitres mais finalement assez peu structurée), dans l’univers du cinéaste. Tous les matins depuis le 28 juillet et jusqu’au 1er août, on y entend pendant 3h30 (9h-12h30) des archives et des débats entre différents “grands témoins”. Grâce à cette façon (délicieusement à contre-courant de l’époque) de prendre le temps, on pourra y grappiller un peu tout ce qu’on veut : des anecdotes, un témoignage historique sur une époque, une occasion de nourrir sa fascination ou sa détestation pour Truffaut, ou encore quelques renseignements sur la façon dont le cinéaste est devenu l’emblème du cinéma du milieu. En effet, quelques jalons posent les bases : une prise de position théorique (la défense des grands auteurs hollywoodiens), une attitude créative (le désir d’expérimentation associé à une conscience aiguë du fait qu’un film est fait pour un public) et une politique économique (la conquête d’une indépendance financière garantissant l’indépendance artistique). Voilà donc les coulisses du cinéma du milieu, son pourquoi et son comment.

Avec Deville, en revanche, on revient à ce que c’était dans les salles. Le second volume de son intégrale propose un ensemble assez hétérogène, de six films, couvrant une période s’étalant de 1969 (L’Ours et la poupée) à 1999 (La Maladie de Sachs), et illustrant la maturité du cinéaste à travers une de ses plus grandes réussites (Le Dossier 51) et un de ses plus grands succès (Péril en la demeure). Sorte de synthèse de sa génération, Deville a construit un compromis parfaitement équilibré et désinvolte entre le cinéma populaire de De Broca ou Rappeneau et le cinéma expérimental de la Nouvelle vague (on retrouve chez lui le goût de la rhétorique amoureuse de Rohmer, le côté bourgeois pervers de Chabrol, le côté ludique de Varda, etc.). Pratiquant un véritable cinéma de plaisir, Deville ne s’en refusait aucun et parvenait à insérer les raffinements du jeu littéraire ou de l’expérimentation formelle au sein de films de genres populaires (comédie dans L’Ours et la poupée, polar dans Eaux profondes ou Péril en la demeure), mettant en scène des stars
(de Bardot à Dupontel). Et ça marchait, le public aimait ça. Toute une époque…

Nicolas Marcadé

Grandes traversées : Truffaut
Du 28 juillet au 1er août
sur France Culture
Coffret Michel Deville – Vol. 2
6 DVD, disponible chez Gaumont Vidéo