Rechercher du contenu

Entretien avec Yulene Olaizola À propos de Intimidades de Shakespeare y Victor Hugo

Si le cinéma mexicain fut à l’honneur du palmarès de l’édition 2008 des Rencontres des Cinémas d’Amérique latine de Toulouse, nombreux étaient les films sélectionnés marquant un très grand intérêt. Difficile fut le choix pour décerner les prix, puisque nécessairement certains allaient être oubliés. L’une des plus belles surprises mexicaines est sans conteste Intimidades de Shakespeare y Víctor Hugo de Yulene Olaizola. Après En el hoyo de Juan Carlos Rulfo, le cinéma documentaire mexicain n’a de cesse de nous étonner et il est d’autant plus dommageable que ces films ne puissent bénéficier avec autant de facilité que la fiction de sorties en salles. Le film de Yulene Olaizola se joue des codes de classifications (documentaire, fiction ?) et crée une surprise saisissante pour le spectateur. Sans trop en dire pour ne pas gâcher le plaisir, la cinéaste parle ici de son film.

Parler de votre film est un exercice périlleux puisque l’intérêt est de laisser la surprise au spectateur de découvrir Intimidades de Shakespeare y Víctor Hugo(Dans l’intimité de Shakespeare et Víctor Hugo). Que pouvez-vous dire de votre film à ceux qui ne l’ont pas encore vu ?

Pour moi c’est un film sur une histoire d’amour entre deux personnages qui appartiennent à deux mondes différents, mais qui en se rencontrant, se complètent. La rencontre est rendue possible parce que chacun trouve dans la vie de l’autre ce qu’il manque dans la sienne. Parmi ces deux personnages il y a ma grand-mère qui tient une maison avec un appartement à louer. Elle trouve un homme intéressé par l’appartement, qui va devenir pour comme un fils qui cherche le chemin de sa vie en même temps que son art. Il trouve en ma grand-mère l’amour protectrice d’une mère.

C’est une histoire de famille ou l’un de vos rêves ?

C’est une histoire familiale qui parle en réalité du monde imaginaire de ma grand-mère : ce qu’elle imagine, ce qu’elle pense, ce qu’elle croit de ce jeune homme qu’elle a connu. Il n’y a pas vraiment de surprises dans ce qu’elle dit, qui est le produit de son imagination et de son âme, plus que de ce que l’on pourrait considérer comme la vérité.

Si on considère votre film comme un documentaire (il est d’ailleurs rangé dans cette section ici aux Rencontres de Toulouse), croyez-vous avoir certaines responsabilités vis-à-vis du réel ?

Je crois qu’au départ il y avait pour moi comme une nécessité de découvrir la vérité sur l’histoire que je connaissais depuis plusieurs années. Et puis durant ce processus consistant à faire ce film, je me suis rendu compte que je ne voulais pas autant découvrir cette vérité que parler de ma grand-mère. Parler d’elle, je suppose que c’est aussi parler de moi-même puisque je fais partie de ce film.

Est-ce qu’il y a une raison spéciale pour que l’on ne vous voie ni ne vous entende dans le film ?

À un moment, j’apparaissais dans certains plans du film. Et puis j’ai senti qu’entendre mes propres questions n’avait pas d’intérêt. Ma fonction est de guider le public, pour qu’il apprenne l’histoire que j’ai moi-même apprise durant mon enfance, progressivement, avec l’intimité que j’ai eu avec ma grand-mère. Je voulais que le public ressente les mêmes émotions que j’ai connues au fil de cette histoire.

Propos recueillis par Cédric Lépine