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De quoi pourrait-on bien parler ? Fiches du Cinéma n°1903-04 du 30 avril 2008

Oui, en effet, de quoi ? On arrive au mois de mai. Il ne se passe pas grand-chose. Pas de films majeurs à signaler. Sinon, il va y avoir un festival de cinéma sur la côte d’azur. Si vous voulez, on peut parler de ça… Et de fait, il faudrait vraiment y mettre du sien pour parvenir à parler d’autre chose, tant le monde du cinéma semble avoir déjà un poumon à Cannes, et ne plus respirer qu’au ralenti, tout à l’attente du début des hostilités. Ça crée d’ailleurs une situation un peu étrange. Le rythme des sorties faiblit. Moins de films. Plutôt des fonds de catalogue ou, dans le meilleur des cas, de jolis outsiders.

Parmi cette petite production fragile, nous avons d’ailleurs repéré quelques belles choses (Agnus Dei ou Enfances, par exemple). Mais il est clair que ces films sont plus ou moins sacrifiés, dans la mesure où, sortant à l’ombre du festival de Cannes, ils bénéficieront d’une couverture médias très étroite, et paraîtront suspects de n’être pas assez bons pour avoir été sélectionnés. Pour parer à cela, on commence d’ailleurs à prendre l’habitude de sortir en mai des films restés inédits après un passage à Cannes (par exemple, ce mois-ci, Et puis les touristes ou Trop jeunes pour mourir). Jusqu’à très récemment, Indiana Jones quatrième du nom trônait au milieu de ce très calme planning. Enfin, depuis la toute fraîche annonce de la sélection officielle cannoise, deux films ont débarqué in extremis dans le calendrier des sorties : Un conte de Noël d’Arnaud Desplechin et Maradona de Kusturica. Cette situation particulière nous a conduit à faire pour ce numéro une couverture particulière. En effet, de manière tout à fait exceptionnelle, elle met en avant un film que nous n’avons pas vu. Cela dit, nous n’avons pas l’impression de prendre un gros risque en pariant sur le fait que le Desplechin sera l’un des meilleurs films du mois ! Et d’autre part, c’est aussi une couverture qui traduit bien en image l’ambiance du moment…

Place à Cannes, donc. Et à l’attente. Une attente que l’on peut finalement nourrir d’assez peu de commentaires et de suppositions sur ce que sera cette édition. En effet, on a le sentiment que, plus que jamais, il va falloir voir les films pour comprendre les choix qui ont été faits. D’une sélection à l’autre chacun pourra aller picorer des sujets d’excitation (Eastwood, Jia Zhang-ke ou Garrel en compétition, Bonello ou les Larrieu à la Quinzaine, Ronit Elkabetz ou Rodrigo Plá à la Semaine de la Critique, le film collectif de Gondry, Carax et Bong Joon-Ho à Un Certain Regard, etc.). Mais globalement, on relève beaucoup d’invités mystère, de noms en tout début de parcours. Même en compétition : on comprend la présence d’Éric Khoo (Be With Me) et de Pablo Trapero (Voyage en famille) qui bénéficient de la classique “consécration cannoise” après des films remarqués. En revanche, K. Mundruczó (Pleasant Days) ou M. Garrone (L’Étrange Monsieur Peppino) paraissent a priori être encore un peu verts pour être cueillis. Mais on n’est jamais à l’abri d’un coup de génie ! Du côté de la compétition toujours, on note aussi d’étranges entêtements, qui posent un peu question (pourquoi cette troisième chance offerte à Sorrentino ? Pourquoi remettre Wenders et Egoyan dans le bal alors qu’ils y avaient tous deux fait tapisserie en 2005 ?). Et là encore, seuls les films pourront apporter des réponses. On verra… Et espérons qu’on verra ce qu’on verra !

Nicolas Marcadé