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Arivées et départs Fiches du Cinéma n°1899-1900 du 2 avril 2008

D’habitude, en avril, la tendance du cinéma est plutôt à la fête. Les premiers blockbusters sortent et remplissent les salles, l’excitation cannoise gagne les futurs festivaliers… L’éternelle question “Qui sera à Cannes ?” (valable aussi pour les journalistes !) résonne toujours. L’effet “anniversaire” des 60 ans passé, la présence du dernier Indiana Jones étant quasi assurée, c’est sur la teneur de la sélection française que les rumeurs enflent.
Ainsi, pourraient être présents sur la croisette :
Bonello (De la guerre), Cantet (Entre les murs), Denis (White Material), Desplechin (Un conte de Noël), Garrel (La Frontière de l’aube), Houellebecq (La Possibilité d’une île), Jaoui (Parlez-moi de la pluie), Rithy Panh (Un barrage contre le Pacifique), Podalydès (Bancs publics, Versailles rive droite), Schroeder (Inju…), Tavernier (Dans la brume électrique), de Van (Ne te retourne pas)… Autant de signatures, déjà venues pour certaines, novices pour d’autres, qui se bousculent pour avoir les honneurs du festival, sachant qu’il n’y aura que peu d’élus (la France a un quota fixe de trois films en compétition) : la concurrence sera très rude ! Bien sûr, cela n’empêche pas les suppositions les plus farfelues en ce qui concerne les films étrangers (des frères Dardenne – qui devraient être prêts – à Sam Mendes, en passant par Eastwood ou Mereilles !). Mais trois semaines nous séparent de l’annonce de la sélection et, actuellement, les festivités cannoises semblent encore lointaines. Car si, dans les salles françaises, la bonne humeur des “ch’tis” triomphe (avec en point de mire les 17 millions de La Grande vadrouille), dans la rubrique « Carnet », la profession vient de perdre deux personnalités notables.

Le 18 mars dernier, c’est Anthony Minghella qui nous quittait, à seulement 54 ans.
Le réalisateur anglais, qui débuta en 1990 avec Truly, Madly, Deeply, fut formé à
la télévision (il avait signé le scénario de quelques épisodes de la série « Inspecteur Morse ») et fut couronné, dès son troisième long métrage, d’un Oscar pour le célèbre Patient anglais, adapté de Michael Ondaatje. Il fit ressurgir, avec moins de réussite, son style flamboyant dans Retour à Cold Mountain. Mais quoiqu’on pense de ses œuvres, c’est une véritable figure du cinéma anglais qui disparaît, l’un des rares qui avait réussi à s’imposer sans fracas à Hollywood, sans pour autant renier son cinéma.
En 1953, Minghella n’était pas encore né. Richard Widmark, 39 ans, jouait dans le mythique Port de la drogue (une traduction que son réalisateur, Samuel Fuller, ne comprendra jamais). Widmark, né en 1914, avait été révélé dès 1947 dans Le Carrefour de la mort d’Henry Hathaway : le rire de son personnage restera dans les annales. Dans les années 1950 et 1960, il multiplia les prestations : Les Forbans de la nuit, La Lance brisée, Sainte Jeanne, Alamo, Police sur la ville… Témoin d’une époque qui vit les studios se métamorphoser au contact du “Nouvel Hollywood”, il se fit plus rare dès les années 1970, avant de mettre fin à sa carrière en 1991. Cette disparition volontaire des écrans, conjuguée à la rareté, sur le petit écran, des chefs d’œuvre qu’il a traversés n’ont pourtant jamais empêché le public de reconnaître son visage entre mille. Le plus ironique pour cet acteur au caractère réservé et paisible fut d’être catalogué comme le “bad guy” idéal de son époque, lui qui, à l’inverse de son confrère Charlton Heston, s’était toujours opposé au lobby des armes à feu et les abhorrait…

Michael Ghennam