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Les yeux plus gros que le ventre Fiches du Cinéma n°1898, du 26 mars 2008

C’était une belle histoire, débutée en 1967. À l’époque, Robert Shaye et Michael Lynne fondent New Line Cinema. Les deux compères distribuent John Waters (dont son illustre Pink Flamingos en 1972), mais le petit studio reste confidentiel. Puis vinrent les années 1980 : Wes Craven signe Les Griffes de la nuit, qui va poser les bases d’une franchise lucrative à une époque où les “slashers” sont rois. Petit studio deviendra grand : New Line se forge une petite renommée en distribuant les versions “live” de la série animée « Les Tortues ninja ».

Lorsque les années 1990 arrivent, et avec elles la folie des achats chez les grands studios et la naissance des consortiums des médias, New Line tombe dans l’escarcelle du magnat Ted Turner, et rejoint le giron du géant TimeWarner. Mais, à la manière de Miramax chez Buena Vista (alias Disney), New Line garde son autonomie. La fin des années 1990 et le début des années 2000 sont synonymes de franchises pour New Line (Blade, Rush Hour, Austin Powers, Destination finale…). Autant de succès qui attirent les investisseurs. Et en produisant l’adaptation du Seigneur des anneaux, le “petit” studio a fait comprendre que ses ambitions étaient à la hausse. Le succès fut au rendez-vous : un carton au box-office mondial, qu’est venu couronner l’Oscar du meilleur film pour
Le Retour du roi en 2003. New Line joue alors dans la même cour que le Miramax grande époque. Et ensuite ? De beaux films d’auteurs, mais aucun succès commercial marquant. Et à Hollywood, quand on a de l’ambition, les succès d’estime ne sont tolérés qu’un certain temps… Avec le lancement en grande pompe de la trilogie À la croisée des mondes, qui aurait pu s’attendre à de si faibles résultats aux États-Unis ? Sûrement pas le studio. Les caisses vides, le pire est arrivé : la maison-mère, TimeWarner, l’a officiellement rappelé dans son giron. New Line perd son autonomie… et une bonne partie de ses ambitions.

Ce qui est reproché au studio : d’avoir pris ses ambitions trop à cœur, en négligeant ses arrières. Les “output deals” (la vente des droits de distribution à des tiers pour les pays étrangers) sont clairement remis en cause : À la croisée des mondes est un franc succès hors des États-Unis, qui profite énormément à ses distributeurs locaux (en France, Metropolitan Filmexport) et pas du tout à TimeWarner. Le plan de redressement envisagé est simple : New Line resserre ses activités à des films moins ambitieux (comprendre moins coûteux), capitalise sur ses franchises (Destination finale 4) et se fait distribuer de part le monde par les filiales locales de la Warner. Cet ultime détail sera difficilement applicable : il encombrerait
un calendrier de sorties déjà bien rempli. Mais cette mise au pas du petit studio, qui fait suite à la restructuration de Miramax, est plus inquiétante, car elle est synonyme de la mort de ces majors “bis”, certes moins solides que leus grandes sœurs mais également moins frileuses. Pour les majors, l’équation est simple : pourquoi s’encombrer de filiales déficitaires, alors que les “labels” (Miramax sans
les Weinstein, Fox Searchlight) permettent de dénicher des talents et autorisent un retour sur investissement sans intermédiaire ? New Line a peut-être péché par excès d’ambition, mais le système est certainement à mettre aussi en cause…

Michael Ghennam