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Entretien avec José Luis Torres Leiva À propos de Nulle part en aucun lieu et de Ouvrières sortant de l'usine

Durant la semaine du cinéma documentaire chilien qui s’est tenu à Paris en février 2008, José Luis Torres Leiva était venu présenter deux de ses films : un long métrage et un court métrage. Ne bénéficiant pas d’aides à la production ni de distribution en salles, ses films autoproduits rencontrent leur public au fil des festivals. Ce fut donc à Paris à Paris une rencontre à ne pas manquer pour ce cinéaste à l’univers très personnel, qui réussit à aller jusqu’au bout de ses choix esthétiques.

Nulle part en aucun lieu (Ningún lugar en ninguna parte, 2004) et Ouvrières sortant de l’usine (Obreras saliendo de la fábrica, 2005) programmés à la semaine du documentaire chilien, sont également vos deux premiers films. Les journalistes ont utilisé le terme expérimental pour parler de vos films. Est-il approprié ?

Je ne pense pas en termes de documentaire, fiction ou expérimental parce qu’ils se complètent. C’est pourquoi je préfère ne pas mettre d’étiquettes sur mes films. Les documentaires peuvent apparaître sous différentes formes : ils sont assez libres. Je pense qu’en cela c’est un genre beaucoup plus libre que la fiction. Parler d’expérimental tend à enfermer un film dans une case beaucoup trop petite alors que le documentaire puisse offrir toutes ses possibilités.

Que signifie le mot expérimental pour les journalistes chiliens : cinéma marginal ou cinéma d’auteur ?

Au Chili, il y a peu de cinéma expérimental et lorsqu’un film sort un peu des marges, on a tendance à le cataloguer dans l’expérimental. Et cela pose des problèmes puisqu’en le qualifiant ainsi, on donne des limites au film.

Comment se passe la production dans ce cadre : devez-vous présenter votre projet aux producteurs potentiels sous la forme d’un scénario ?

J’essaie d’être le plus clair possible. Et si je dois écrire un scénario, celui-ci doit rendre compte au mieux ce que sera le film. C’est ainsi plus facile de montrer sur papier ce que je veux faire en images.

Pensez-vous avoir une assez grande liberté pour faire un travail personnel ?

Oui, jusqu’ici j’ai toujours pu réaliser mes documentaires de manière indépendante et artisanale, parce que j’étais sur tous les postes techniques. C’est ce qui m’a permis de terminer des films qui sont restés personnels et dont le coût financier restait minime. Le temps de la conception est plus étendu, mais c’est une durée tout à fait appropriée.

Une fois le film terminé, quel est le circuit de diffusion du film ?

Mes films n’ont jusqu’à maintenant été montrés que dans les festivals. Mais il y a en cela une cohérence entre la manière dont j’ai fait mes films et celle par laquelle ils sont montrés. Je sais que mes films ne peuvent être montrés à la télévision parce que les chaînes font autre chose que ce que je fais. C’est normal. Mes films n’ont pas une grande équipe technique, ils sont très simples.

Comment Patricio Guzmán a découvert vos films sélectionnés à la Semaine du cinéma chilien ?

Ils ont été montrés au FIDOCS, festival qu’organise Patricio Guzmán au Chili. C’est alors qu’il m’a invité à participer à la Semaine à Paris. Pour ce festival, il a fait une sélection très personnelle où il a voulu présenter la diversité du cinéma documentaire chilien d’aujourd’hui. Les documentaires traitent de divers sujets, parfois les mêmes, mais d’une manière très différente. Je crois que mes films entrent dans cette sélection pour leur manière personnelle de comprendre le cinéma. Si on le considère rapidement par rapport au reste de la programmation il peut sembler ne pas avoir de points communs. Mais ce qu’il partage avec les autres c’est une vision du documentaire.

On peut également voir dans vos films une vision sociale engagée…

En montrant un lieu spécifique, il devient inévitable de rendre compte de son contenu social. La séquence de la répression d’une manifestation que j’ai filmée était un hasard : elle s’est produite et je l’ai filmée. Cela s’est passé le 1er mai lors de la fête du travail. C’est une situation de plus dans le quotidien du quartier. Mais la lecture politique n’est pas aussi prépondérante qu’elle pourrait paraître. C’est simplement quelque chose qui se passe.

Dans vos deux films, vous revisitez l’histoire du cinéma à travers deux films des Frères Lumière (Femmes sortant de l’usine et Arrivée en gare de La Ciotat) mais en ajoutant une vision sociale humaine dont les films originaux étaient dépourvus.

Je crois qu’il y a plusieurs éléments dans ce court métrage (Ouvrières sortant de l’usine). Je voulais tout d’abord travailler de la manière la plus basique, à la manière des Frères Lumière mais en réactualisant le contexte. Si aujourd’hui cela donne une vision plus sociale, je voulais que celle-ce ne soit pas prépondérante afin de privilégier le moment de bonheur qui arrive à la fin du film.

Comment se situent ces deux premiers films dans votre filmographie, alors que vous êtes en train de faire une fiction ?

Ouvrières sortant de l’usine est un court métrage de fiction avec des éléments documentaires. Et le long métrage est conçu de la même manière, où réalité et fiction se rencontrent et se complètent.

Comment voyez-vous cette fenêtre ouverte vers un autre public que vous donne la Semaine chilienne à Paris ?

C’était assez important pour moi parce que je n’ai pas eu beaucoup de possibilités de montrer ces films au Chili. Et montrer ces films dans le monde m’a permis de continuer à faire des films et de les montrer. Ce qui n’a pas été possible au Chili devient possible à l’étranger. Quel que soit le pays, c’est toujours difficile de faire du cinéma de manière indépendante. Mais d’une certaine manière c’est comme ça que cela fonctionne.

entretien réalisé le 25 février à Paris