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Devine qui vient gagner ce soir ? Fiches du Cinéma n°1896-97 du 5 mars 2008

Voilà, la “saison” des récompenses est finie… Les César ont salué, une nouvelle fois, le talent d’Abdellatif Kechiche (deux ans seulement après L’Esquive), et les Oscar ont eu le bon goût de couronner enfin les frères Coen, avec leur très noir chef-d’œuvre (sans exagération) No Country for Old Men. Mais, il semble bien que ce ne sera pas eux que l’Histoire retiendra. Non, l’Histoire préfèrera se souvenir d’une jolie brune d’1,69 m, qui a su se glisser littéralement dans la peau d’Édith Piaf. Une réussite que deux récompenses majeures sont venues souligner.

“La môme Marion” : c’est ainsi que l’a appellée Alain Delon pour lui remettre son César de la meilleure actrice. À seulement 32 ans, cette môme vient de marquer le cinéma mondial, et de voler involontairement la vedette à Kechiche, aux Coen… et même au film qu’elle représente ! Parce que la victoire de Marion Cotillard, c’est avant tout la reconnaissance d’une comédienne pour laquelle rien n’était acquis, et qui n’a pas hésité à prendre tous les risques dans sa carrière. N’oublions pas que Taxi, c’était il y a seulement dix ans, et que le résultat n’avait honnêtement rien d’honteux… Furia, Les Jolies choses, Une affaire privée sont autant de films qui ont démontré que Cotillard disposait d’une vaste palette de jeu, qui n’est pas passé inaperçue : un petit rôle dans un Tim Burton (Big Fish), suivi d’un César mérité pour un second rôle tragique dans Un long dimanche de fiançailles. Non, décidément, Marion Cotillard n’a rien d’un feu-follet. L’actrice multiplie les projets (dix films hétéroclites en deux ans, avec un éventail de cinéastes allant de Ridley Scott à Richard Berry !), jusqu’à sa désormais fameuse rencontre avec Olivier Dahan, qui vit en elle la seule personne capable d’incarner “sa“ Piaf à l’écran.

Le conte de fée qui a suivi la sortie de La Môme, tout le monde le connaît… Aux César, son triomphe était annoncé. Aux Oscar, son triomphe était tout sauf acquis d’avance. Face à une institution capable d’un conservatisme à tout épreuve, qui a toujours eu les pires difficultés à reconnaître des artistes talentueux (Scorsese aura patienté 26 ans), sa prestation la plaçait certes en favorite, mais dans la ligne de mire de Julie Christie (pour Loin d’elle). Sa victoire est à mettre en parallèle avec celle de Daniel Day-Lewis : elle démontre que l’Académie, du haut de ses 80 ans, n’a pas perdu son goût pour les interprétations démesurées, pour ces personnages (véridiques ou non) qui dévorent leurs comédiens. Et si l’Oscar de la môme Marion résonne plus que celui du prospecteur Day-Lewis, c’est parce que la belle s’est retrouvé propulsée reine des statistiques : second Oscar pour une actrice française dans sa catégorie, 48 ans après celui de Simone Signoret (pour Les Chemins de la haute ville en 1960), le premier pour un film en français, le second pour un film non-anglophone (après Sophia Loren en 1962 pour La Paysanne aux pieds nus)…

On peut douter que l’Oscar de Marion Cotillard symbolise une ouverture de l’Académie. Ce serait plutôt une exception dont la rareté auréole d’encore plus de prestige la prestation de la comédienne. Une chose est sûre : c’est avec impatience qu’on attend de la retrouver dans Public Ennemies de Michael Mann.

Michael Ghennam