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Qu’est-ce qu’un vote ? Fiches du Cinéma n°1895 du 20 février 2008

Le week-end prochain, les cinéphiles passeront certainement leur vendredi soir devant la télévision, et les plus vaillants s’essaieront peut-être à rester debout le dimanche. Tout cela pour deux événements clé, qui viennent conclure la saison des récompenses : les cérémonies des César et des Oscar.

Du côté des César, difficile de faire la fine bouche (même si on peut regretter l’absence de La Question humaine et la quasi absence des Chansons d’amour) : chaque titre symbolise une part de la diversité du cinéma français. En compétition pour le meilleur film, on trouve ainsi du grand cinéma populaire (La Môme), un film social et inclassable (La Graine et le mulet, chouchou de la critique), deux élégantes adaptations littéraires qui n’ont rien en commun (Un secret et Le Scaphandre et le papillon) et pour conclure, grande première, un film d’animation (Persepolis). Qui sera le grand vainqueur ? Difficile de le prévoir… Dans certaines catégories, il est par contre plus aisé de s’aventurer à faire un pronostic (qui pourra priver Marion Cotillard et Hafsia Herzi d’une victoire méritée pour les César de la meilleure actrice et du meilleur espoir féminin ?). Toutefois, dans de nombreuses catégories dites ”majeures” (réalisateur, acteur, seconds rôles), c’est l’indécision la plus totale qui règne.

Côté Oscar, la grève de la WGA, qui vient de se terminer, a dissipé les dernières craintes d’une annulation, et promet une cérémonie à suspense. Concernant les pronostics, là encore, pas d’évidence. Contrairement à l’an dernier (où la victoire des Infiltrés était attendue), aucun des films sélectionnés ne semble pouvoir fédérer les votes de toute la profession. Des cinq nominés à la récompense suprême (Juno, Michael Clayton, No Country for Old Men, Reviens-moi et There Will Be Blood ), aucun n’a fait de véritable carton au box-office US (même si Juno s’impose sur la longueur). Mais tous ont reçu d’excellentes critiques. Une seule catégorie semble jouée d’avance : personne (pas mêmes ses concurrents) n’imagine Daniel Day-Lewis repartir les mains vides…

Dans ce climat d’indécision, des deux côtés de l’Atlantique, les films remis aux votants sur support numérique, risquent de jouer un rôle crucial. Aux États-Unis, une pratique s’est répandue : les studios, en partenariat avec Cinea, fournissent aux votants un lecteur capable de lire des disques cryptés. Sachant que chaque lecteur est associé à un code permettant d’identifier son propriétaire : impossible de passer inaperçu en cas de piratage ! L’inconvénient de ce système (réservé aux professionnels) est son prix très élevé, si bien que certains ont déjà préféré revenir aux classiques “Screeners”, malgré les risques de fuite qu’ils engendrent. En France, la solution choisie est un produit destiné, à terme, au grand public : le “Moovyplay”. Élaboré conjointement par CPFK (location vidéo), Archos (lecteurs vidéo portables) et Thomson, le Moovyplay est un lecteur dans lequel les films sont téléchargés. Ainsi, si les membres de l’Académie ont reçu des appareils chargés des 69 films en compétition, le grand public, lui, pourra remplir le sien dans des enseignes locatives. Le système d’encryption marquant le film d’une empreinte unique, il permet d’éliminer tout risque de piratage. Car là est la nouvelle menace qui obsède tous les professionnels.

Michael Ghennam