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Burton / Depp : Confidences au rasoir Fiches du Cinéma n°1893-94 du 6 février 2008

Il y a quelques semaines, le réalisateur Tim Burton avait fait le déplacement à Paris pour présenter à la presse son dernier opus, Sweeney Todd . À l’occasion d’une conférence de presse, il était accompagné de son acteur, Johnny Depp, et les deux hommes sont revenus sur la genèse d’une œuvre inclassable et à rebours des modes. Pour Burton, les influences du film sont à chercher dans les grands classiques de la Hammer : “Johnny et moi avons longuement parlé des grands classiques de l’horreur, et de leurs acteurs (Peter Lorre, Boris Karloff). Cela a été notre plus grande inspiration : cette interprétation de l’horreur à l’ancienne, avec un grand travail sur les yeux. Il était important de faire ressentir le jeu par de simples regards et par la musique”. Le réalisateur a reconnu qu’avec les années, son travail en amont d’un film a évolué : “Quand vous avez la chance de travailler avec des interprètes talentueux, cela vous pousse à vivre le tournage dans l’instant, à savourer la spontanéité des situations.” L’adaptation de la comédie musicale ne s’est pourtant pas faite sans encombre : “Il faut savoir que le premier script de John Logan avait beaucoup plus de dialogues que de chansons. Or, ce qui me plaisait dans la comédie musicale, c’était le fait qu’elle soit racontée à travers la musique, et pas avec 10 pages de dialogues qu’illustrerait une petite chanson… Avec John, on a fini par couper des lignes de dialogues tous les jours”. Johnny Depp, moins sollicité, est néanmoins revenu sur la grande découverte du film : il sait chanter ! “Ça ne m’avait jamais effleuré l’esprit… J’aurais peut-être dû prendre des cours de chant, mais je voulais envisager le rôle comme un acteur”. L’interprète fétiche de Burton, adepte des changements de look radicaux, s’est ensuite attardé sur ses sources d’inspiration : “J’ai toujours admiré ces grands professionnels (Long Cheney, John Barrymore), qui se glissaient dans la peau de leurs personnages. Je pense que c’est la responsabilité d’un acteur de se dissimuler derrière un rôle, de se déguiser, avant tout pour ne pas ennuyer le public avec le même visage… Et puis, jouer un barbier chanteur, qui est aussi un serial killer, c’était un défi. Donc c’était très réjouissant et gratifiant de se lancer un défi de ce genre”. Et son réalisateur de renchérir : “Je vois en Johnny quelqu’un qui tente des choses différentes, qui se livre à ses personnages tout en étant capable d’en changer avec talent, et je pense que c’est la raison pour laquelle j’aime faire des films : pour voir quelqu’un se métamorphoser, et devenir quelqu’un d’autre”. Reste que l’une des dimensions majeures du film, sa violence visuelle volontairement excessive, fut au centre des débats. Le metteur en scène, interrogé sur le risque de se couper d’une partie ”sensible” du public, est revenu sur le sujet avec une pointe d’humour : “La violence allait de pair avec l’œuvre originale. Sur scène, j’ai vu des tentatives plus politiquement correct, avec bien moins de sang, et le show ne fonctionnait pas : c’est peut-être parce qu’il tire ses racines du théâtre grand-guignol, qu’il en fait volontairement trop… La violence est clairement plus impressionniste que réaliste dans Sweeney Todd. Et si vous venez voir un film sur un serial killer qui transforme les cadavres de ses victimes en tourtes à la viande, vous vous doutez que vous n’allez pas voir La Mélodie du bonheur !”.

Michael Ghennam