Rechercher du contenu

Hommage à Ali Zebboudj À propos d'alimentation générale

C’était le mercredi 11 octobre 2006 ; vers midi et demie. Je me suis dit, en sortant de cette projection de presse rue Marbeuf, “il faut que tu prennes ta bagnole et ailles sur place, sentir les lieux et voir ce type”. Et puis bon, il y avait la fiche à faire illico compte tenu de nos délais d’impression, le trajet… bref, je n’y suis pas allé. Lorsque le film est sorti, le 1er novembre suivant, je me suis redit “vas-y, bon sang !”. Mais aussi : ”il va y avoir des journalistes, des curieux, des parasites de tous poils” et je n’y suis pas allé, avec très bonne conscience cette fois. Le “type”, c’était Ali Zebboudj, le film Alimentation générale de Chantal Briet : permettez-moi de vous renvoyer à ce que j’en ai écrit (Annuel 2007, page 65). En substance, que l’épicier kabyle Ali, d’Epinay sur Seine, tenait boutique au cœur d’une cité difficile, chaleureux, généreux, aidait l’un, dépannait l’autre, remplissait les formulaires, faisait crédit, réchauffait les cœurs, aidait à vivre leurs solitudes aux perdants de la vie, qu’ils soient chômeurs, malades ou âgés, quelle que soit la couleur de leur peau ou de leur bulletin de vote. Chantal Briet l’avait filmé, lui et tous ceux qui se posaient dans sa superette, avec intégrité et chaleur. Et talent aussi. Des nombreux documentaires que j’ai vus en 2006, deux se détachent par leur qualité visuelle, leur rigueur, leur disponibilité et leur honnêteté profondes : Quiero Vivir de Muriel Brener et Alimentation générale . J’ai eu le bonheur en favorisant un échange entre Muriel Brener et quelque 300 lycéens, de constater que je ne m’étais trompé ni sur elle ni sur son film (encore trop peu vu !). Je ne connais pas Chantal Briet, mais je suis sûr aussi de ne pas me leurrer à son propos. Je ne connaîtrai jamais Ali Zebboudj, dont j’écrivais l’an passé qu’il était “de ceux qui font que notre République puisse rester ouverte et généreuse”. Il a été tué au matin du 4 septembre 2007 dans son épicerie, semble-t-il par un de ceux qu’il aidait et à qui il aurait refusé une bouteille d’alcool.

Il avait 56 ans. L’acte absurde. Il faudrait sérieusement se remettre à lire Camus pour tenter de comprendre notre monde et faire qu’il aille mieux…