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Rock’n’oll attitude Fiches du Cinéma n°1870 du 4 juillet 2007

Ceux d’entre vous qui se sont familiarisés au fil du temps avec la personnalité et les spécialités des membres de notre gang de rédacteurs, savent sans doute que notre doyen, Christian Berger, s’il lui arrive de parler musique, a davantage coutume d’évoquer les délices d’un solo de saxo que les joies d’un bon vieux pogo. C’est pourtant bien sa signature que vous trouverez au bas de la fiche de Joe Strummer – The Future is unwritten, la biographie de cette figure emblématique du punk rock qu’était le chanteur de The Clash. Ce contre-emploi a le charme des curiosités, mais il n’est pas dénué de sens. En effet, le film de Julien Temple a une particularité qui mérite d’être mise en valeur : il ne s’adresse pas qu’aux vieux punks nostalgiques ou aux adolescents partis à la découverte des bons vieux temps préhistoriques où on savait se révolter. Est-ce que cela tient à la personnalité particulière de Strummer ou à la manière dont l’a traité le cinéaste (qui était aussi son ami) ? Toujours est-il que ce film sort rapidement des sentiers battus du scénario rock’n’roll type pour aller aborder quelques problématiques plus adultes (peut-on chanter le chômage dans un stade ? Comment retrouver l’envie de faire quelque chose quand on a fait ce qu’on avait à faire ?, ce genre de choses…), et les contours d’une personnalité qui est celle, non pas d’une icône, mais d’un individu, avec ce que cela implique d’ambiguïtés, de contradictions, de lignes de fuites à bords perdus. Cette façon d’aborder le rock à hauteur d’homme, en détourant le chanteur pour l’extraire du poster, c’est aussi celle que l’on retrouvera au mois de septembre dans Control d’Anton Corbijn. À Cannes, cette biopic de Ian Curtis, le chanteur de Joy Division, a décroché une mention spéciale de la Caméra d’or. Et de toute évidence, on ne peut pas soupçonner Pavel Lounguine (le président du jury) de la lui avoir accordée par nostalgie des riches heures de la New Wave ! C’est plutôt parce que, là encore, l’histoire et le personnage qui étaient portés sur l’écran étaient faits de chair et de sang, et pas seulement de bière et de son.

En attendant la sortie de Control, le rock reviendra plusieurs fois hanter le cinéma. Ainsi, dès le 18 juillet, on pourra retrouver Julien Temple pour un nouveau documentaire, consacré cette fois au célèbre festival de Glastonbury. La même semaine, on verra Will Oldham (plus connu sous le pseudonyme de Bonnie “Prince” Billy) faire l’acteur dans une contemplative balade en forêt intitulée Old Joy. Le 1er août, sortira, sous le regrettable titre Tel père, telle fille, l’adaptation du roman “Teen Spirit” de Virginie Despentes, décrivant les angoisses d’un ex-punk devenu père et adulte. Puis, le 22 août, on pourra voir Kim Gordon, la mystérieuse guitariste du groupe Sonic Youth, interpréter une mafieuse sous la direction de l’enfant du rock Olivier Assayas, dans son tièdement sulfureux Boarding Gate. Enfin, en guise de luxueux post-scriptum à cet été sournoisement rock, on attend pour octobre un documentaire de Martin Scorsese sur les Rolling Stones : Shine a Light. Le rock et le cinéma ont été déclarés morts aussi souvent l’un que l’autre : longue vie à eux !

Nicolas Marcadé