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C’est quand bientôt ? Fiches du Cinéma n°1871 du 11 juillet 2007

Un orphelin aux talents extraordinaires a du mal à passer le cap de l’adolescence, parce que devenir adulte ne lui dit pas grand chose si c’est pour virer méchant. Non, il ne s’agit pas d’un autre come-back de Spider-Man, mais de celui de son petit copain anglais : Harry Potter. Sortis à quelques mois d’intervalles, le numéro 3 de l’homme-araignée et le numéro 5 du garçon-magicien ont, en effet, ceci de commun que nos héros réflechissent à deux fois avant de se lancer dans les airs, de fil en fil ou sur un balai. Ce qui les paralyse ? Ils se croient atteints par le mal, ils sont envahis par la colère. Mais qu’est-ce qui fait peur à nos super-héros ? Leurs super-pouvoirs ne les protègent plus, au contraire, ils pourraient bien se retourner contre eux. Tout ceci sent bon l’angoisse du devenir grand. Et pendant que Spider ou Harry domptent la part sombre qui est en eux et se lancent dans l’aventure de la vie adulte, le spectateur, lui, assiste désemparé à un grand virage du cinéma mondial vers le devenir enfant.

Depuis l’édito de début d’année 2007, où l’on annonçait la vague de films à numéros qui n’augurait rien de très créatif, on peut commencer, à mi-parcours, à dresser un bilan : on nous infantilise ! D’une part, ces suites à n’en plus finir nous rendent insatiables, d’autre part, elles s’adressent indistinctement à nous comme aux enfants. Car, comme dit l’ami Dick Wolf (producteur de « New York District »), dans une interview accordée aux « Inrockuptibles » : “En termes de business, le cinéma est presque mort […]. On ne peut plus faire des films à 200 millions de dollars qui ne marchent qu’une fois sur deux”. Résultat : la franchise familiale a tout du bon filon. Elle attire un maximum de monde et tient ses spectateurs en haleine, en promettant ouvertement une “suite au prochain épisode” (les aventures du Pirate des Caraïbes se voient par trois ou pas du tout). Si bien que l’on n’envisagerait plus aujourd’hui de laisser une Belle au Bois-dormant dans les bras de son Prince charmant, sans la certitude de pouvoir contrôler dans un an si le Beau s’occupe bien des nombreux enfants qu’ils auront eus. C’est ce que nous pourrons faire avec le prochain Shrek. Après avoir vu le gros ogre accepter de grandir lui aussi dans l’épisode 3, tristement classique par rapport à ses débuts fracassants, nous sommes, en effet, assurés de le suivre pour encore quelques fois. Deux autres numéros sont également prévus pour la saga Harry Potter : Harry Potter et le Prince de sang mêlé sera mis en chantier en 2008 puis Harry Potter et les reliques de la mort en 2009. Le pauvre Daniel Radcliffe, qui a visiblement déjà connu une poussée d’hormones, risque d’ici là de camper un Harry Potter barbu ! Tout cela ne serait pas bien grave, si cette profusion de suites ne nous menait pas au bord de l’écœurement. Cet Ordre du Phénix n’est même pas mauvais : il y a de quoi rire, et puis il est un peu plus court que les précédents (2h17 !). Mais au rythme où le cinéma rejoint le système des séries télé, on risque de se réveiller un beau matin avec une bande annonce alléchante nous invitant à fantasmer sur le chiffre 13 (comme celle qui lance actuellement la 13e saison de la série « Urgences »). Et là, si l’on accorde deux ans pour fabriquer et sortir un film, on n’aura pas pris 13 mais 26 ans. Il y a quelque chose de déprimant là-dedans…

Chloé Rolland