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Ca commence aujourd’hui Fiches du Cinéma n°1864 du 16 mai 2007

Aujourd’hui, mercredi 16 mai, le nouveau président de la République, Nicolas Sarkozy, va prendre officiellement ses fonctions. Chacun a pu appréhender la victoire du candidat à sa manière. Dans un journal de cinéma, par déformation professionnelle sans doute, on a sutout tendance à analyser ce résultat comme les chiffres du box-office. Et on constate alors que l’électorat semble avoir plebiscité le candidat qui répondait le mieux à cette injonction pressante : “fais-nous rêver” ! Auparavant déjà, on avait senti assez vite que le public percevait le programme de Nicolas Sarkozy comme un gros film d’action, et celui de Ségolène Royale comme un petit film français prise de tête. À partir de là, pas besoin d’être politologue pour deviner qui allait remporter les suffrages ! Car, finalement, que ce soit au cinéma ou dans les urnes, partout où il y a un choix à faire, c’est logiquement toujours un peu le même esprit de l’époque qui s’exprime. Or, par les temps qui courent, il semble bien que l’on n’aime pas beaucoup la pensée, et que l’on ne vénère rien tant que l’efficacité…

Pour en revenir à ce qui nous concerne plus directement, ce qui commence aujourd’hui c’est surtout le festival de Cannes, soixantième du nom. Gros événement en perspective ! Il y aura du monde, et du luxe, et du glamour, et des stars, et la fête. Un joli tourbillon de paillettes conçu pour en mettre plein les yeux, et faire rêver toute la planète. Mais ce soixantième festival n’en restera pas moins le grand salon du cinéma d’auteur qu’il se doit d’être. Et d’ailleurs, la sélection s’annonce, cette année, plutôt “rock’n’roll”, avec des aînés n’ayant rien à voir avec des vieux sages (Kusturica, Tarantino, les frères Coen, Gus Van Sant, Wong Kar-wai : par vraiment des académiciens !), et des nouveaux venus ayant déjà fait montre d’une certaine fougue : Ulrich Seidl (Dog Days), Fatih Akin (Head-on), Lee Chang-dong (Peppermint Candy), sans compter David Fincher ou Catherine Breillat ! Il y aura, en outre, des cinéastes aux noms imprononçables (Andreï Zviaguintsev), quelques expérimentateurs ingérables (Béla Tarr, Carlos Reygadas…), quelques grands austères (Sokourov) : bref, le top du pas glamour, la crème du cinéma minoritaire ! La schizophrénie cannoise devrait donc, cette année, fonctionner à plein ! Et tant mieux…

Car, en ces temps où le majoritaire cohabite de façon de plus en plus agressive avec le minoritaire, il apparaît important que le festival de Cannes reste un point de rencontre. Qu’il soit plus que jamais une manifestation fastueuse, rutilante, grand public, tout en restant l’essentielle vitrine de toute une minorité audacieuse, de tout un cinéma qui cherche, qui avance, qui jette le trouble et pousse les limites, de tout un cinéma qui se prend la tête et “l’assume“, pour reprendre le vocabulaire à la mode. Souhaitons donc que la fête soit réussie, et que les films présentés soient de nature à redonner à quelques-uns le goût pour autre chose que l’efficacité pure.

Par Nicolas Marcadé