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Bon retour Fiches du Cinéma n°1865-66 du 30 mai 2007

Au sortir de la soixantième édition du festival de Cannes, il est difficile de savoir exactement quoi en penser. Étrange impression. Nous avons vu de beaux films, une compétition beaucoup plus vivante et séduisante que l’an passé (seuls Wong Kar-Wai et Kusturica donnaient l’impression d’avoir été sélectionnés sans montrer leurs films), mais on quitte à présent la table sans savoir exactement de quoi on a été nourri, sans parvenir à bien faire le tri entre le réchauffé et les saveurs neuves, entre les vins fins et les alcools épais. Tout était un peu mêlé. Il s’est sans doute passé quelque chose, mais quoi exactement ?

Dans des genres différents, les films de Carlos Reygadas, Bela Tarr, Ulrich Seidl, Andreï Zviaguintsev, Julian Schnabel, Quentin Tarantino ou même Christophe Honoré ont suscité des réactions étrangement contrastées, paradoxales, traduisant un certain malaise à juger. Par exemple, le fait d’avoir entendu la critique “exigeante“ sortir l’argument de l’ennui devant la plupart des films misant sur la lenteur, les long travellings et le bruit du vent dans les branches avait (pour le moins !) de quoi surprendre. Marcher ou ne pas marcher (à l’émotion coup de poing, au second degré, à l’extase esthétique), telle a souvent été la question. Où est la sensibilité vraie, le regard profond ? Où est le coup de bluff et le style pompier ? Où est le bon goût ? On dirait qu’il n’est plus si facile de s’y retrouver, et alors la cinéphilie panique un peu. Preuve peut-être que les choses remuent, se déplacent, même si ce mouvement ne prend pas la forme d’une flamboyante explosion de nouveauté.

En attendant, le jury a rendu son verdict, et a, lui, su affirmer de vrais choix, en misant systématiquement sur les films à message humaniste, et à forte densité émotionnelle. Ainsi, même s’il ne fait apparemment pas de vagues, son palmarès est peut-être un des plus personnels, un des moins “il y en aura pour tout le monde“ depuis celui, fameux, du jury Cronenberg en 1999. Et alors, tant pis si cette cohérence implique le rejet de brillantes réussites ( We Own the Night , No Country for Old Men ) ou de séduisantes audaces (L’Homme de Londres , Les Chansons d’amour ). Après tout les frères Coen ont déjà été bien servis, et il est plus valorisant pour James Gray et Bela Tarr de garder le prestige des maudits plutôt que de repartir avec des lots de consolation…

En tous les cas, en revenant à 4 mois, 3 semaines et 2 jours , la palme d’or, elle, est peu discutable. Elle récompense, en effet, un choc imparable, un film direct, habité, tendu, dont la réalisation (pourtant très élaborée dans sa sobriété) n’est jamais suspecte de jouer sur la facilité ou le formalisme gratuit. Et puis elle vient valider, et donner une large visibilité, à un phénomène de plus en plus net : l’émergence d’un cinéma roumain d’une rare vitalité. Il y a deux ans La Mort de Dante Lazarescu de Cristi Puiu remportait le Prix Un Certain Regard, l’an dernier c’était au tour de Corneliu Porumboiu de remporter la Caméra d’Or pour 12 : 08 à l’est de Bucarest . Enfin, cette année, juste avant l’annonce de la Palme, le jury de Pascale Ferran a de nouveau décerné le Prix Un Certain Regard à un film roumain : l’excellent California Dreamin’ de Cristian Nemescu !

Cannes vient de se finir : on encaisse, on digère, et on vous en reparle très vite et en détails dans notre traditionnel numéro spécial…

Nicolas Marcadé