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À propos de Jean-Pierre Mocky La victime bien portante du cinéma français

Peu annoncé, sorti sans projections de presse et presque uniquement dans la salle de son maître, le Brady, Le Deal, dernier long métrage de Jean-Pierre Mocky, est, à nouveau, moins l’occasion de voir un film que de prendre des nouvelles d’un cinéaste devenu, au fil des années, la victime auto désignée et complaisante d’une puissante, mystérieuse et haineuse cabale médiatique. Il faut se méfier de l’animal Mocky, car il n’a jamais vraiment été ce qu’il prétend être. En effet, il fut d’abord, et pendant longtemps, un jeune premier et scénariste choyé du cinéma français (par Franju, entre autres), puis il fut rapidement un réalisateur star, tournant des productions internationales, réunissant avec une impressionnante régularité la crème des vieux monstres français (Bourvil, Francis Blanche, Michel Simon) et des nouveaux (Serrault, Noiret, Deneuve…). Même dans sa fameuse déchéance de la fin des années 90, l’ayant éloigné de l’establishment du cinéma français, Mocky est resté le propriétaire d’une salle de cinéma, a tourné des films, certes fauchés, mais continuant à aligner des comédiens tels que Charles Berling ou Jackie Berroyer. Bref, Mocky n’est pas Claude Berri ou Luc Besson, mais il n’est pas non plus une victime, et ses cris de martyre autoproclamé rappellent parfois ceux des politiciens que Mocky aime tant à railler, mais auxquels il ressemble plus qu’il ne l’admet.

Le Mocky nouveau est donc arrivé, il se nomme Le Deal et retrouve certains accents d’un de ses vieux succès, Y’a-t-il un français dans la salle ? Au menu, donc, un répugnant député, qui assassine une donzelle et cherche moult alibis pour se sauver. La cause est naturellement entendue : tous les députés sont des salauds voraces et le reste de l’humanité ne vaut guère mieux. Le tout est emballé avec une image vidéo basique, et cette réalisation télévisuelle qui est devenue, depuis quelques années, la marque de fabrique du cinéaste. Notons bien que l’aspect amateur, justifié par les petits budgets, est un leurre : certains jeunes cinéastes arrivent, avec un budget semblable, à des ¦uvres très maîtrisées. C’est par volonté que Mocky tourne de manière bordélique ces comédies méchantes, même si elles ne sont plus très drôles. Tout cela rend bien sûr l’homme sympathique, dans sa volonté de contrer le système en continuant à tourner coûte que coûte, avec les moyens du bord. Mocky devrait en fait être heureux. Il a, en effet, survécu, il continue de fasciner par sa simple existence, et constitue un cas à part, un démenti vivant à toute forme de politiquement correct. L’homme est devenu un monument autant qu’une curiosité, et s’est transformé en phénomène par son simple refus de disparaître.

Mocky n’est plus un rebelle. Plutôt un vieux réalisateur amer, ayant eu du talent et le monde a ses pieds, et qui se complait aujourd’hui dans un cynisme facile et la contemplation nombriliste de sa propre chute. Son dernier film comme cinéaste du “système”, Noir comme le souvenir, rappelle que Mocky fut aussi un excellent metteur en scène, doublé d’un conteur hors pair. En fait, il semble que l’artiste Mocky se soit fait dévorer par le personnage Mocky. Paix à son âme.