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Césars Tour

Voilà, les cérémonies (qui se sont déroulées le même week-end) des Césars et des Oscars ont officiellement clôturé l’année cinématographique (et lancé, par la même occasion, le compte à rebours pour la sortie de l’Annuel du Cinéma 2007 !). Chips et Coca ou huîtres et champagne, comment se fête le cinéma de 2006 ?

Côté Césars et cinéma français, si la compétition n’était pas palpitante, la soirée, elle, s’est voulue réjouissante. Débutée sur un air de Zouc Machine, chanté et dansé façon “Bienvenue au Club Med” par la maîtresse de cérémonie (doublée du titre de Meilleur second rôle féminin), Valérie Lemercier, elle s’est poursuivie dans une ambiance voulue décontractée : avant toute chose, chacun embrasse son voisin ! On oublie donc les déboires de l’année dernière, qui avait vu les intermittents du spectacle bousculer une cérémonie bien huilée, et en route pour le voyage. Les voyages, devrait-on dire, car, si Valérie Lemercier s’est amusée à imaginer des séjours pour récompenser les lauréats, le jury, lui, semble avoir très sérieusement décidé l’attribution de ses prix en fonction de voyages à offrir aux spectateurs. L’Académie des Césars s’improvise donc agence de voyages multicartes : il y en aura pour tous les goûts et tout le monde sera content !

Voyage à deux à la campagne

Le vert devient une couleur très prisée. Vert des bois où naissent des amours cachés ou vert des plaines où s’épanouissent des amours inavoués : l’Académie vous propose deux séjours à la campagne pour le moins opposés. En récompensant à la fois Lady Chatterley (Meilleur film) et Je vous trouve très beau (Meilleur premier film), elle semble, en effet, vouloir marier, au moins sur le papier, le succès critique unanime du premier avec le succès public inattendu du second. L’année dernière, De battre mon cœur s’est arrêté et Le Cauchemar de Darwin s’étaient plutôt bien défendus dans les deux registres, mais cette fois, c’est un peu David rabiboché avec Goliath, le pur cinéma d’auteur avec l’honnête cinéma populaire.

Voyage en solo avec sac à dos

En continuant dans ce qui semble valoriser la diversité du cinéma français, c’est maintenant au tour du cinéma de genre d’être distingué. Le César du Meilleur réalisateur attribué à Guillaume Canet pour Ne le dis à personne , récompense, en effet, le thriller à la française, pour amateurs de voyages solitaires avec sensations fortes et rebondissements. L’Académie fait ainsi savoir qu’un acteur, qui plus est de 33 ans, a tout aussi bien sa place au Panthéon des auteurs que Pascale Ferran. Les deux réalisateurs ont d’ailleurs en commun d’avoir très bien su s’entourer : Marina Hands et François Cluzet (enfin !) ont reçu les César de la Meilleure interprétation.

Voyage instructif en groupe

Puis, il manquait à ce panier la réussite du cinéma politique et social, incarnée par Rachid Bouchareb. Recalé aux deux précédents prix (et aux Oscars), son Indigènes s’est tout de même vu décerner le César du Meilleur scénario. Un moyen somme toute assez logique, dans la configuration de cinéma-voyages à la carte, de proposer également un film qui, s’il ne s’imposait pas comme le meilleur, se révélait néanmoins être une bonne surprise.

Voyage en famille en camping-car

Enfin, l’Académie vous incite au voyage en famille. Dramatique mais salvateur dans Je vais bien, ne t’en fais pas. (Meilleur espoir féminin pour Mélanie Laurent et Meilleur second rôle pour Kad Merad). Ou déjanté mais raccommodant dans Little Miss Sunshine (Meilleur film étranger). L’Académie a, là encore, choisi la variation. Pedro Almodóvar, venu remettre le Prix d’interprétation féminine, est reparti bredouille :
la case du portrait de famille intimiste était déjà pris par Philippe Lioret ! Restait celle de la pure comédie de famille : c’est donc Valérie Faris et Jonathan Dayton qui l’ont emporté.

Le palmarès de cette 32e cérémonie des Césars procure finalement la même impression ambiguë que celle laissée par une année de films. Beaucoup de sorties, des films très différents, quelques bonnes surprises, mais rien ne se détache vraiment du lot. C’est comme si nous étions face à une photo de classe, et que nous nous demandions ce que chacun des élèves va devenir. Certains y verront des profils très divers et prometteurs, d’autres attendront plutôt la prochaine rentrée des classes. L’Académie des Césars a décidé quels étaient les majors de cette promotion 2006, mais on peut aussi aller repêcher quelques élèves au fond de la classe : Christophe Honoré, Zabou Breitman ou encore Éric Tolédano & Olivier Nakache, qui nous ont offert de bien beaux voyages, en famille ( Dans Paris ), à deux ( L’Homme de sa vie ) ou en groupe ( Nos jours heureux ).

Par Chloé Rolland