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Le cinéma est un sport de compétition Fiches du Cinéma n°1849-50 du 3 janvier 2007

C’est l’édito de l’année qui commence. C’est donc un édito qui se pose forcément les questions que tout le monde se pose. Que va-t-il se passer ? Qu’est-ce qui arrive ? Le cinéma a-t-il pris de bonnes résolutions (se refaire une santé, arrêter de ne penser qu’à l’argent, ou quelque autre de ces grandes idées de circonstance) ? Pour se faire une opinion, on se reporte au planning des sorties, on potasse le programme des réjouissances à venir. Et une évidence s’impose d’emblée : 2007 sera encore plus (c’est donc possible !) une année à suites.

Le “toujours plus“ et la priorité aux coups faciles faisant désormais loi, presque toutes les grosses franchises du moment seront en piste cette année : Shrek , Spider-Man , Pirates des Caraïbes , Harry Potter , Ocean’s Eleven , La Mémoire dans la peau , Taxi . Ce qui laisse prévoir un hallucinant combat des chefs, et ne suscite finalement qu’une seule question, extra-cinématographique : qui va bien pouvoir décrocher la première place du box-office ? D’autant que, indépendamment de ces mastodontes, on pourra aussi compter sur le retour de séries plus anciennes ( Massacre à la tronçonneuse , Le Silence des agneaux, Die Hard , Rocky ), et l’émergence de nouvelles ( Les 4 fantastiques , Hostel , Bruce tout-puissant , Sin City , Benjamin Gates …). De bien beaux matchs en perspective pour compenser l’absence de Coupe du monde de foot ou de Jeux Olympiques !

Cela dit, les choses ne font sans doute que suivre une évolution naturelle : quand les gros ont fini de bouffer les petits, ils commencent à se dévorer entre eux. C’est dans l’ordre des choses. Au terme de cet énorme pugilat, certains vont normalement rester sur le carreau, et, à terme, le moment devrait venir où il faudra bien passer à autre chose. Mais en attendant, le mieux est peut-être de s’intéresser à ce qui va se passer dans les angles morts de l’arène, sur le banc de touche, dans le championnat de D2, dans la cour des petits, ou, pour être plus précis, dans les salles de cinéma ouvertes aux films sortant sur moins de 950 copies. Cependant, la particularité de cette catégorie est justement qu’on peut difficilement y anticiper les réussites. Il faut alors se contenter de regarder ce que nous avons dores et déjà sous les yeux. À commencer par un film microscopique, dont la sortie sur les écrans, dans ce contexte de compétition au sommet, risque d’être aussi remarquée que l’intervention d’un hamster dans un combat d’éléphants : Les Climats de Nuri Bilge Ceylan. Voilà, en effet, un film qui, vu de l’extérieur, collectionne tous les arguments pour se fondre dans le stéréotype du film intello redoutable ! C’est turc, c’est lent, c’est silencieux, c’est sur la crise du couple : c’est tout ce qu’il faut pour être assuré de faire tapisserie dans le grand bal des sorties. Et pourtant, pour peu que vous ayez le courage d’aller vers lui, ce film vous fera très vite comprendre ce que c’est que la “beauté cachée des laids”. Ça s’appelle la grâce, ça s’appelle le charme et l’intensité. C’est ce qui fait que, tout d’un coup, la Turquie devient un décor de rêve, la lenteur une douce langueur, le silence l’envers du bavardage,
et la crise du couple une fascinante abstraction. Mais, hélas, qui a le temps pour ce genre d’expériences ?

L’année cinématographique a démarré : que la défaite commence !

par Nicolas Marcadé