Rechercher du contenu

Girod, Altman et Noiret Francis Girod (1944-2006), Robert Altman (1925-2006) et Philippe Noiret (1930-2006)

Pour les cinéphiles, la semaine du 19 au 25 sera à marquer d’une triste pierre noire : Francis Girod, disparu le 19, puis Robert Altman, le 20 et enfin Philippe Noiret, le 23 !

Je me souviens. C’était en 1960 à Chaillot, au T.N.P. de Jean Vilar. C’était « Le Malade imaginaire » de Molière. Philippe Noiret jouait le docteur Diafoirus, son déjà vieux complice Darras (ils brillaient alors au cabaret) était son fils, le benêt Thomas. J’entends encore le pathétique “baiserai-je, mon père ?” de Darras, et la voix d’outre tombe de Noiret lui rétorquer “oui, oui…”. Deux ou trois répliques, et ils étaient d’emblée grandioses ! Noiret avait tout joué au TNP, où il rencontra sa compagne de toujours, la fine comédienne Monique Chaumette : les plus grands rôles comme les plus humbles. Darras, grand acteur sous-estimé, nous a quitté en 1999, Noiret vient de partir… C’était un monstre sacré. C’est quoi un “monstre sacré” ? C’est un acteur dont le génie est si évident qu’on ne voit pas qui pourrait être à sa place. Vous voyez quelqu’un d’autre que Gabin dans les rôles de Gabin, que Raimu dans les rôles de Raimu, que Laughton dans les rôles de Laughton ? C’était ça, Noiret.

Une filmographie exemplaire. Des films signés Tavernier, Hitchcock, Ferreri, Franju, Yves Robert, de Broca, Boisset, Monicelli, Scola, Tornatore, Chabrol, Zidi… qui font date. De moins bons aussi, où il faisait son travail avec l’honnêteté et la minutie du bel artisan qu’il était. Un comédien d’exception, populaire et aimé, sans avoir jamais été complaisant ni défrayé les chroniques “people”. Bref, un très grand bonhomme ; d’une rare intégrité.

Je me rends compte que ces derniers mots pourraient qualifier Robert Altman. Parmi les dizaines de films que ce créateur exceptionnel réalisa, dont nombre de chefs-d’œuvres deM.A.S.H à Gosford Park , je voudrais en retenir ici deux, mal aimés ou moins connus :Prêt à porter qui fit faire la fine bouche à tant de bonnes âmes, parce que, comme le nota Guy Konopnicki dans « Marianne », Altman avait osé filmer la guerre du paraître ”en montrant une foire d’empoigne sur fond de défilés de mode (…) devenue le principe même de notre société”.

Et Secret Honor (1985), magistrale évocation de la paranoïa du président Nixon. Un seul personnage : le président après la révélation du “Watergate”, éructant, mort de peur, désemparé et haineux, tournant en rond dans un lieu unique, son bureau ! Performance technique époustouflante, assaisonnée d’un coup de génie : l’acteur – Philip Baker Hall, étonnant – ne ressemblait aucunement à Nixon. Comme l’écrivirent « Les Fiches », une formidable “mise à nu, contradictoire, fiévreuse et cohérente, de l’homme et du président Nixon”.

Noiret avait 76 ans, Altman, 81. Francis Girod à peine 62, lorsqu’une crise cardiaque l’emporta sur le tournage d’une adaptation télévisuelle de l’affaire Alègre. Certes, ces derniers temps, l’auteur de Lacenaire semblait en panne : quelle idée aussi de faire appel à l’exaspérant psychanalyste cathodique et mondain Gérard Miller pour co-scénariser Passage à l’acte ouTerminale  ?! Mais ces faux-pas ne feront pas oublier La Banquière ni, surtout, l’insolence, l’humour noir et la virtuosité de son premier – et meilleur – film, Le Trio infernal . Il ne reste plus, pour évacuer ces idées noires, qu’à sourire pour la énième fois devant Chantons sous la pluie , scénario d’Adolph Green et Betty Comden, la brillantissime librettiste des plus belles comédies musicales américaines des années 1950 et 1960. Elle aussi vient de sortir de scène, le 23 novembre…