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My génération Fiches du Cinéma n°1843-44-45 du 8 novembre 2006

Il balaie de la main le spectacle d’une orgie qui se déroule devant lui, et puis commente : “c’est comme les années 60… L’espoir en moins !”. Cette réplique est tirée de Shortbus, le film le plus vivant de ce mois de novembre, et résume bien la situation. En effet, on dirait bien que tout ce qui peut, aujourd’hui, nous arriver de chaud et d’intense, vient encore de cette source d’énergie des années 60/70, soit par le biais de ses survivants, soit par le biais de ses radiations.

Qui fait, par exemple, l’actualité de ce mois de novembre ? Qui la fait pétiller et crée l’excitation ? Brian De Palma, Alain Resnais, Paul Verhoeven, Martin Scorsese… En définitive, le programme aurait très bien pu être le même il y a trente ans ! Par ailleurs, cette semaine, la vivacité boulversante et drôle du troisième âge est le sujet de deux films : Désaccord parfait et Nouvelle chance . Deux jouets offerts à Jean Rochefort (76 ans), Charlotte Rampling (60 ans) et Danielle Darrieux (89 ans), pour qu’ils s’amusent avec, et montrent à quel point ils sont plus jeunes que nous. “j’espère que je mourrai avant de devenir vieux“, chantaient les Who en 1965, dans « My generation ». Et sans doute Brian De Palma et Martin Scorsese agitaient la tête devant leur transistor en signe d’approbation. Mais finalement, à l’usage, il semble que ce petit monde ait quelque peu changé d’avis. Ils y sont, ils y restent. Et pendant ce temps, tout ce que pourrait chanter la génération de leurs fils, c’est : “j’espère ne pas mourir avant d’avoir réussi à devenir jeune“ ! En effet, les caractéristiques ordinairement liées à la jeunesse (insouciance, espoir, rage, désir d’abolir les anciennes valeurs…) tardent à se manifester dans le “jeune“ cinéma. Et en attendant, que de films engoncés dans la gravité, ou tenus en laisse par le poids de l’héritage. Que de messies temporaires et de fausses bonnes idées. En définitive, tous les penseurs d’un esprit ou d’un style pour “l’époque d’après”, se sont avachis en cours de route. Et ça continue. Autres sorties événements de novembre, Babel et Le Prestige nous apportent la démonstration que les jeunes prodiges d’il y a cinq ans sont déjà fatigués, déjà pris dans les griffes d’Hollywood, déjà tellement raisonnables.

Alors finalement, pour incarner l’époque actuelle, il semble que le mieux soit de replonger la tête la première dans les années 60 ou 70. Assumer l’héritage impossible : partir de là, pour qu’ensuite le problème soit évacué, et que le reste puisse librement remonter à la surface. En ce sens, Dans Paris paraissait déjà receler de belles vertues thérapeutiques. En effet, en allant fouiller dans le grenier de la nouvelle vague pour s’amuser à se déguiser en Truffaut et en Godard, le jusqu’ici très sombre Christophe Honoré, avait retrouvé un vivifiant esprit d’enfance, un sens du jeu, une légèreté plus que salutaire. Et Shortbus creuse dans la même direction. L’auteur, J-C. Mitchell retrouve ici l’esprit festif des débuts du porno, tout en signant une “comédie new-yorkaise“ dans la plus pure tradition. Il assume donc avec légèreté ses références et ses nostalgies, ne cherche pas à tout prix à se signaler comme moderne, et parvient ainsi mieux que quiconque à exprimer un désir de vivre mêlé d’inquiétude qui est, à n’en pas douter, profondément enraciné dans notre présent. Sans être un chef-d’œuvre, Shortbus est donc l’un des plus beaux exemples de cinéma décomplexé qu’il nous ait donné de voir depuis longtemps. Encore un effort : la jeunesse n’est plus très loin !

Par Nicolas Marcadé