Rechercher du contenu

Le potentiel

Quoi de plus réjouissant que lorsqu’un auteur arrive au coin de la rue où on ne l’attendait pas, déplie son étiquette, et ouvre une perspective sur l’étendue de son potentiel ? Joli temps de la rencontre, de la découverte, avant que ne se fige la statue de cire du maître, petit ou grand. Car un univers d’auteur n’est pas moins hétérogène, complexe ou contradictoire, qu’une personnalité d’invidu. Celui-là, d’un abord sévère pourra révéler dans le privé un humour ravageur. Tel autre plus léger ou naïf pourra s’avérer finalement plus inquiet ou plus profond. À l’inverse, un troisième qui nous sera apparu d’abord comme un véritable magicien, pourra être démasqué comme un simple prestidigitateur de fête foraine.

Ce qui, au cinéma, rend cette exploration encore plus touchante, c’est que, bien souvent, on a l’impression que c’est le cinéaste lui-même qui se découvre (dans les deux sens du terme). C’est lui qui tient les commandes et pousse l’exploration dans des zones de lui-même qu’il gardait protégées. C’est lui qui évolue, progresse ou grandit en ouvrant le champ des possibles. Si nous éprouvons un fort attachement pour Dans Paris , par exemple, c’est avant tout parce que ce film, qui est bien loin d’être sans défauts, s’inscrit dans la continuité d’un parcours de cinéaste qui avance sans cesse. De film en film, Honoré fonce dans les références et les poses (le titre durassien de 17 fois Cécile Cassard , le côté intello-sulfureux de Ma mère , les pastiches de films Nouvelle vague cette fois-ci), mais prend appui sur eux pour mettre en place un univers qui n’appartient qu’à lui, et sortir perpétuellement des rails. Ainsi, après deux films bien torturés, le voici guilleret, léger, sautillant pourrait-on dire, et pourtant cohérent avec lui-même. Joyeuse surprise. De son côté, Zabou Breitman parvient elle aussi à nous surprendre. Après avoir largement séduit avec le très “poétiquement correct“ Se souvenir des belles choses , elle revient avec un film qui creuse le même sillon (l’éveil amoureux) mais sur un mode beaucoup plus impressioniste, dans un style totalement libre (et libéré), révélant une ambition formelle et une acuité de regard qu’on ne lui prêtait pas forcément. Troublante surprise.

Parallèlement à ces deux nouveautés, sort en DVD un récapitulatif, assez exemplaire en terme de construction d’un monde, des premiers films de Bruno Podalydès. Se déroulant autour du fameux Versailles rive gauche , le DVD révèle une étonnante partie immergée de l’iceberg. En effet, on verra autour de cette comédie urbaine à la construction implaccable, se déployer trois films ( Dernier mouvement de l’été , Vertiges et Voilà ) formant une trilogie maritime, semi-expérimentale et confusément angoissante. On découvre donc la coexistence de deux pans a priori antinomiques, et qui pourtant réuissiront plus tard à se mêler dans Liberté Oléron . Entièrement supervisé et présenté par Podalydès, ce DVD (contenant bien d’autres recoins) est une stimulante plongée dans ce bouillonnement primitif où émergent les données autour desquelles se construira l’œuvre à venir. Passionnante surprise.

de Nicolas Marcadé

Versailles rive gauche , Voilà & Inédits de Bruno Podalydès (ed. Finalement) : sortie le 4 octobre.