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Débordés! Fiches du Cinéma n°1841-42 du 18 octobre 2006

Une question pour vous, amis lecteurs : comprenez-vous quoi que ce soit au rythme de parution de votre magazine préféré ? Si tel n’est pas le cas, petit rappel. Depuis leur grave crise financière de 2004, les Fiches du Cinéma ont trouvé leur équilibre (financier du moins) dans un rythme de parution bimensuel. Lequel s’organise de la manière suivante : un gros numéro de 32 pages le premier mercredi du mois, et un plus petit (16 pages) en cours de mois. Sauf qu’en l’occurrence vous tenez entre les mains un gros numéro, qui paraît en cours de mois et englobe le premier mercredi du mois prochain. Est-ce donc l’anarchie qui s’installe ?

Chez nous, non (la rigueur est la monture sur laquelle on traverse les tempêtes économiques), mais par contre dans le planning des sorties, certainement. Nous avons déjà évoqué cette hémorragie délirante, mais il faut y revenir encore puisque la tendance ne cesse de se confirmer. Pour l’exemple, sachez que l’Annuel 2007 devrait regrouper à peu près 600 films, contre 558 l’an dernier. Une augmentation radicale qui, même pour le cinéphile boulimique, est avant tout un générateur de frustration dans la mesure où elle implique une automatique impossibilité de tout voir, de faire face à l’offre. Et pour revenir à nous, elle implique aussi, en amont, l’impossibilité de parler de tout. Pourtant le principe des Fiches reste le même : ne pas rentrer (ou le moins possible) dans le jeu de la sélection, ne pas créer, sur la base d’un soit-disant “bon goût”, une hiérarchie entre les films qui s’exprimerait par la disproportion de l’espace qui leur est consacré. Mais la tâche devient de plus en plus rude, et nous tentons d’y faire face par de petites ruses, comme ce numéro un peu exceptionnel, que suivra un autre numéro exceptionnel (il sortira le 8 novembre, et traitera sur 48 pages les quatre dernières semaines du mois), avant que nous retombions souplement sur nos pattes à l’approche des fêtes. En attendant, reconnaissons aussi que l’augmentation de la quantité ne nuit pas à la qualité, et que les semaines à venir seront riches en saveurs variées, délicates et parfois piquantes.

Malgré ces conditions un peu chaotiques, nous avons tout de même réussi à ouvrir nos pages à l’un des personnages les plus attachants du cinéma actuel : Aki Kaurismäki, à l’occasion de la sortie de ses Lumières du faubourg . À la fin de l’entretien le taciturne Finlandais conclut en disant “la partie est finie”, déplorant ainsi la fin d’une époque où existait une certaine fraternité entre des auteurs qui avaient l’impression de creuser un peu dans le même sens, chacun à sa manière et de là où il était. Certes, cet âge d’or a sans doute disparu. Mais il pouvait tout de même sembler rester une petite communauté d’irreductibles, à la fois très isolés, et soudés dans un rejet du cinéma tel qu’il est devenu : Godard en Suisse, Straub et Huillet en Italie… Mais justement, comme pour donner raison à Kaurismäki, on vient d’apprendre la disparition de Danièle Huillet, au moment même où sort le dernier Straub & Huillet, Ces rencontres avec eux , et où le couple venait d’être récompensé à Venise. Effectivement, la communauté se dissout : cette partie-là est finie. Une autre commence peut-être…