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Le Vent tourne Fiches du Cinéma n°1835 du 23 août 2006

Pas de doute possible : c’est bien le numéro de la rentrée. Et c’est bien la semaine de la rentrée (oui, déjà ! Il n’y a plus de saison, vous savez bien), si l’on en croit le nombre de poids lourds qui vont se disputer les faveurs du public.

En effet, on trouve sur la ligne de départ un inédit de Miyazaki, le Selon Charlie de Nicole Garcia (ces deux-là, on vous en a parlé dans le numéro précédent), la Palme d’or 2006, le nouveau Shyamalan et puis Taxidermie, petit prodige impertinent, très remarqué au dernier festival de Cannes. Car ce qui est commencé également, c’est le traditionnel défilé des films cannois, venant les uns après les autres se soumettre à la deuxième épreuve du feu, la deuxième partie de l’examen : le jugement du public. Moment assez intéressant, qui montre souvent comment un film peut avoir plusieurs vies. Outre les cas de remontage post-Croisette (comme le Garcia, rafraîchi de 20 minutes), l’affaire peut, le plus souvent, ne se jouer qu’au niveau de la perception, et en fonction du contexte. Au sein des Fiches, par exemple, la confrontation entre les avis du public cannois et du public parisien a souvent donné des résultats surprenants. Ne serait-ce que l’année dernière, les films les plus boudés de la compétition (La Vérité nue, Don’t come knocking, Manderlay…) furent presque systématiquement repêchés à la session de rattrapage. Cette année, jusqu’ici, rien de spécial à signaler dans ce registre, aucun retournement de situation spectaculaire (ce qui s’explique sans doute par le peu de réactions suscitées à Cannes par la compétition). Selon Charlie même un peu remaquillé, n’a toujours pas réussi à se trouver des fans. Le Vent se lève, lui, a été perçu avec plus d’enthousiasme (mais sans excès), et Taxidermie a encore fait son petit effet. Par contre, en mûrissant dans la mémoire des festivaliers, ces deux derniers films font des chemins inverses. L’un révèle avoir un goût assez persistant, et l’autre perd un peu de son éclat. Avec le recul, et même si on a envie de continuer à le soutenir pour sa capacité (si rare) à oser et à inventer, Taxidermie peut en effet laisser dans les esprits le souvenir d’un film un peu arriviste. Une œuvre trop clairement calibrée pour venir faire l’effet d’une bombe dans les festivals, et qui joue les terroristes afin de s’attirer la sympathie de ceux qu’il prétend viser. À l’exact opposé, Le Vent se lève c’est Superman déguisé en Clark Kent : un film d’une vitalité et d’une liberté rares, planqué derrière l’emballage terne et rassurant d’un produit de prestige destiné à l’Éducation nationale. Quoi qu’il en soit, l’un et l’autre méritent de trouver un public. Car, dans un cas comme dans l’autre, c’est bien de films qu’il s’agit : quelque chose qui rentre par les yeux, tape dans les nerfs et monte au cerveau. Et finalement, on ne nous en propose plus si souvent que ça. Mais la période est faste, et Flandres de Bruno Dumont, qui sort le 30 août, est également, et de toute évidence, de cette race là.
Par contre, c’est un film que le contexte ou le temps, ne font presque pas bouger. Qu’on le voit ici ou là bas, son mystère et sa force restent intacts.
On y répondra par l’adhésion ou le rejet, mais cette réaction ne sera due qu’au film lui-même. L’interview de Dumont que vous pourrez lire dans ce numéro ne vous fera pas l’article et ne vous donnera pas les clés, mais elle vous annoncera la couleur. Osez vous approcher si elle vous attire.