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Entretien avec Patrick Bouchitey À propos d'Imposture

Après un premier long métrage très remarqué, Lune froide (en compétition à Cannes et César du Meilleur Premier Film en 1991), l’acteur Patrick Bouchitey (“Jésus, Jésus, Jé-é-sus revient…”) signe une seconde réalisation, noire et envoûtante. L’histoire d’un professeur de fac qui séquestre une étudiante qui a écrit le livre qu’il avait toujours rêvé d’écrire. Le film est disponible dès le 25 janvier en DVD chez Europa/FPE.

FdC : Le grand public te connaît en tant qu’acteur iconoclaste, drôle et curieux. Ne crois-tu pas qu’il puisse être surpris par ton univers de cinéaste qui est très sombre ?

Patrick Bouchitey : J’ai bien vu que je surprenais les gens. Par exemple, rien que l’affiche d’Imposture fait peur. Elle ne correspond pas à l’image que les gens se font de moi. Ce côté extrêmement sombre, pour ne pas dire antipathique de l’image reprise pour l’affiche les rebute. Mais c’est vrai que les deux films que j’ai faits sont des films plutôt noirs, mais avec un certain humour. Ce sont, pour moi, des films surréalistes (ils ne sont surtout pas réalistes !). Ce sont des fables, ou plutôt des contes cruels sur des amours bizarres. Mais je ne te dis pas que les prochaines choses ne seront pas moins noires…

FdC : Imposture est quand même moins glauque que @Lune froide. Y avait-il une volonté de ta part d’aller vers un cinéma plus recevable par le plus grand nombre ?

Patrick Bouchitey : Non, je n’ai pas cherché à être plus recevable. Ah, bien sûr, cette fois, je ne fais pas l’amour à une morte… En plus, Lune froide dépeignait un milieu où évoluent des gens déshérités, dans la merde, au chomdu. Ce qui est très loin de la bourgeoisie de province d’Imposture. D’autant que j’ai adapté le livre (NDLR : « Je suis un écrivain frustré » de José Angel Manas). Ceux qui l’ont lu savent qu’il s’agit d’un psychopathe qui tue tout le monde et qui la viole morte…

FdC : Décidément…

Patrick Bouchitey : Mais cette fois, non ! J’avais déjà donné…

FdC : La musique est très importante dans le film. Elle contribue très fortement à l’atmosphère de ton récit. Tu es très mélomane ?

Patrick Bouchitey : Oui, j’écoute beaucoup de musique. Étant moi-même un peu musicien, la musique tient une grande place dans ma vie… et tout naturellement dans mes films ! Ici, il y a deux œuvres. Celle de Steve Reich et le « Requiem » sont volontairement très présentes.

FdC : C’est un mariage d’atmosphère ou c’est un coup de cœur particulier ?

Patrick Bouchitey : J’aime beaucoup Steve Reich pour son côté urbain, citadin et un peu mental. C’est une musique assez spéciale. Répétitive. Ça allait bien avec le climat mental du personnage. Quant à Mozart, il se mariait divinement avec le côté presque romantique. Et sa dimension lithurgique servait magnifiquement l’élévation de l’art, de l’âme.

FdC : Considères-tu ce film comme un film de pulsion ?

Patrick Bouchitey : Oui, mais comme le premier. Il ne faut surtout pas oublier que ce sont des films foncièrement surréalistes. Tu sais, j’ai souvent dit que j’avais trouvé le sujet du film en le tournant. Le rapport entre le professeur et Jeanne, je ne l’avais pas vraiment saisi à l’écriture. Il m’a fallu le tourner pour me rendre compte que c’était le sujet du film, réellement. Ce qui n’était pas du tout le cas du bouquin !

FdC : D’une certaine manière, c’est donc l’acteur qui a dirigé le réalisateur et non l’inverse ? Et l’actrice qui a insufflé l’énergie à l’acteur et donc, indirectement, au réalisateur ?

Patrick Bouchitey : Je crois que c’est toujours un peu comme ça… Je t’avouerais que je n’ai pas lu grand-chose d’intéressant sur le sujet profond du film. C’est un peu frustrant parce que tu travailles pendant des années sur un sujet qui te tient à cœur et, à l’arrivée, tu n’y trouves pas beaucoup d’échos… Il s’agit de la création, de l’inspiration. Qu’est-ce qu’on a en soi ? Qu’est-ce qu’on enferme ? Qu’est-ce qu’on met à la cave ? Quelles parties de soi-même muselle-t-on ? Il y a toujours une partie de soi qu’on place sous scellés. C’est ce que j’ai essayé d’exprimer au travers de ces personnages. Je n’ai surtout pas essayé de relater un fait divers réaliste.

FdC : Puisque tu fais des films de pulsions, est-ce à dire que tu es un homme de pulsions ?

Patrick Bouchitey : Ça dépend de ce que tu entends par pulsions… Un homme de pulsions en opposition à un homme cérébral, par exemple ? Je crois que j’ai besoin d’une aventure sur un film. J’ai besoin qu’il y ait une aventure parallèle. Ce qui a été le cas sur le premier avec Stévenin. Et ce qui a été le cas ici avec Laetitia (NDLR : Chardonnet).

FdC : Et pour le troisième ?

Patrick Bouchitey : Si j’en refais un… Maintenant, le milieu du cinéma n’est tellement plus un vecteur de liberté et de création artistique qu’il devient de plus en plus difficile de s’exprimer. Seul de temps en temps émerge un film de Haneke ou quelqu’un comme ça. Mais c’est très rare. Il faut avoir “la carte” ! Sinon, on peut très vite se retrouver coincé dans une logique économique implacable où tu es totalement dépossédé de l’objet. Où on te le renvoie à la gueule parce qu’il ne rapporte pas comme il le devrait… Du coup, je m’interroge sur l’image, je travaille sur autre chose. En ce moment, je fais de nouveau parler les animaux. On prépare une édition DVD regroupant le best-of des deux premières cassettes enrichi de nombreux bonus, de nouveautés…