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Un état des lieux de l’année 2003 Ma grosse entreprise (connait la crise)

Morosité, déceptions, demi-succès… cette année cinématographique n’a cessé d’exhaler des parfums de crises. Crise de la création (le fossé se creuse entre “cinéma jack-pot” et radicalisation intellectuelle, au détriment des formes intermédiaires), crise des institutions (passation de pouvoirs à la Cinémathèque, édition du festival de Cannes contestée), de la critique elle-même (polémique entamée autour de la sélection française cannoise), crise politique aussi avec le terrible bras de fer entre intermittents du spectacle et Medef (le gouvernement se refusant à jouer les arbitres), et plus encore, crise artistique généralisée d’un art dévoré par les soucis de rentabilité de son industrie.

Une inspiration qui tourne en rond

Bien que riche et intéressante à plus d’un titre dans ses détails, la production 2003 laisse dans son ensemble un sentiment diffus de frustration. Manque de véritables grands films, manque de révélations, de surprises, en un mot : d’émotion. Plutôt qu’une année festin, 2003 restera comme une année buffet. Un vaste choix, manquant quelque peu de morceaux consistants, mais offrant des saveurs parfois raffinées, parfois puissantes, et relativement variées. Une année qui restera sans doute comme celle d’Elephant, mais dont, pour le reste, on peine à se faire une image définitive, tant les tentatives de rétrospective incitent chaque fois à remettre en valeur un détail sous-estimé, une richesse cachée. Une année, donc, qui, artistiquement, méritera peut-être ultérieurement une réhabilitation, mais qui, sur le moment, suscita souvent la déception, l’agacement, l’impatience ou l’inquiétude. En premier lieu, l’édition 2003 du Festival de Cannes fut largement contestée par la presse. Il y fut, par exemple, beaucoup question d’une crise du cinéma d’auteur. La sélection était en effet assez emblématique d’une incertaine démarche de recherche, hésitant entre néo-classicisme et formalisme excessif, témoignant de la difficulté d’affirmer aujourd’hui une modernité cinématographique. En définitive Elephant, seul film à proposer un compromis harmonieux entre l’audace et la rigueur, et à imposer une sorte d’évidence, fut quasiment le seul à s’avérer (à juste titre) au-dessus de tout soupçon. Pour le reste, on conspua les styles prétendus bourgeois et faisandés de Pupi Avati, Claude Miller ou Denys Arcand, tout en hurlant à l’arnaque face aux tentatives quasi expérimentales de Greenaway, Gallo ou Von Trier. Enfin, attisée par la succession des déceptions (Matrix, passant de l’avant-garde du cinéma fantastique à l’arrière-garde du cinéma d’action, Swimming pool, révélant un Ozon plus malin qu’habité), la presse se déchaîna de façon ridiculement démesurée sur Les Côtelettes de Bertrand Blier. Un film, en effet en grande partie raté, mais animé, justement, d’une saine volonté de ne pas s’assoupir dans le conformisme distingué. Or, ce vent de contestation de la part de la critique, démontrait certes une faiblesse bien réelle de la production actuelle, mais mettait également la profession face à ses propres contradictions. En effet, en dénonçant des films calibrés pour les festivals, conçus pour répondre à une attente, ils dénonçaient finalement un système qu’ils avaient contribué à établir (puisqu’ils en constituent le public prioritaire et en diffusent les échos). En définitive, c’est un peu comme si les journalistes s’étaient vu renvoyer au visage un reflet déformé, dénaturé, de tout ce qu’ils avaient aimé et défendu. D’où, sans doute, cette rage et cette violence. Autre symptôme d’une perte d’inspiration collective ou ébauche de nouvelles méthodes de création, on note un recours de plus en plus fréquent aux exercices de style(s) et la confirmation du grand retour des “films de genre”. Ceux-ci pouvant aller jusqu’à la re-création pure. C’est ainsi que Todd Haynes en empruntant avec délectation les conventions visuelles et scénaristiques des mélodrames hollywoodiens des années 50 a signé l’un des films les plus aboutis de l’année : Loin du paradis. De même, Rob Marshall a remporté un vif succès en réadaptant les recettes de la comédie musicale traditionnelle dans le jubilatoire Chicago. Mais dès les toutes premières semaines de l’année, le ton avait été donné, avec ce qui restera sans doute comme le plus stupéfiant défi formel de l’année : la Trilogie de Lucas Belvaux (Un couple épatant – Cavale – Après la vie). Visitant trois genres distincts (comédie sentimentale, thriller politique et drame psychologique), ces trois récits possédant une quasi-unité de temps, de personnages et de lieux se révèlent une étonnante expérience de cinéma, offrant une profondeur inattendue à ses héros (dont les changements de contextes font apparaître les ambiguïtés et les différents visages), et livrant de façon ludique une véritable réflexion sur le cinéma, la mise en scène, le point de vue. Par ailleurs, au-delà des réappropriations (plus ou moins modernes) de genres classiques, les cinéastes sont de plus en plus attirés par des assemblages de citations cinéphiles toujours plus hétérogènes. À ce petit jeu, Quentin Tarantino fait naturellement figure d’initiateur. Son Kill Bill joue ainsi avec virtuosité sur les codes visuels, les images de ses acteurs et les ruptures de styles, singeant sans retenue quelques-uns de ses films ou genres fétiches ! Takeshi Kitano lui aussi s’amuse, pour Zatoichi, à jouer avec les conventions du film de sabre, dans une liberté débordante de fantaisie et d’inventivité, mêlant à sa peinture d’une figure mythique du patrimoine nippon, des éléments burlesques ou lyriques propres à son univers, ainsi qu’une soudaine envie de comédie musicale, un joyeux caprice. De l’art d’utiliser les codes pour mieux s’en affranchir… Aux côtés de l’espèce de “ready-made” cinématographique qu’est Loin du paradis, ces deux films font davantage figure de collages surréalistes. Et tous deux s’inscrivent dans une étonnante tendance de l’année : celle qui a incité de nombreux cinéastes de premier plan à s’abandonner à leur bon plaisir, sans souci de se surpasser ou de se livrer (outre Tarantino et Kitano, Resnais ou les frères Coen avaient eux aussi fait le choix de cette espèce d’hédonisme cinématographique). Il semble que le fameux sentiment que tout a été fait et dit (qui atteint tous les arts à un moment ou un autre de leur histoire), touche le cinéma de plein fouet. De plus en plus, le 7e art se retourne sur son propre patrimoine et ses propres conventions. Il prend en compte la perte d’innocence du spectateur, et tente de la retourner à son avantage, pour inventer de nouvelles approches. Et ce, parfois, pour essayer d’aller toucher encore plus profond. Ainsi Dark water ou Twentynine Palms utilisent tous deux les conventions du cinéma d’horreur, mais en oubliant la principale : la présence d’un ennemi tangible. Autrement dit, l’un et l’autre utilisent les codes pour nous accrocher, simuler un récit, mais en fait se livrent à une peinture quasi abstraite de sentiments : en l’occurrence, la peur et l’angoisse. Les Sentiments, justement, est lui aussi un film qui paraît en partie vidé de son centre. Et qui, sous les signes extérieurs d’une œuvre labellisée “qualité France”, s’autorise toutes les libertés avec la narration pour privilégier la peinture des états d’âme. D’une manière générale, il semble donc que l’action proprement dite, moteur des histoires, soit en disgrâce. Dans le cinéma classique, l’action préexiste, et, en faisant réagir les personnages, fait émerger les sentiments. Aujourd’hui, la tendance s’inverse de plus en plus : ce sont les sentiments qui suscitent l’action. Ainsi, par exemple, dans le quelque peu roublard Swimming pool où l’action n’est, à proprement parler, qu’une construction de l’esprit de l’héroïne. Ou, d’une toute autre façon, dans Elephant ou Twentynine Palms qui, à force de creuser du rien, de scruter une non-histoire, semblent faire émerger brutalement et tragiquement l’action, par la seule force des sentiments qu’ils sont allés réveiller. Enfin, dans une démarche différente, et de manière plus visiblement expérimentale, Lars Von Trier est lui aussi allé chercher une participation active du spectateur. Poussant jusqu’à un point extrême la logique de dépouillement revendiquée avec Dogma 95, dans l’impressionnant Dogville, il retire délibérément le tapis sous les pieds du spectateur. Il le prive de ses automatismes, pour l’obliger, là encore, à voir au-delà de ce qui lui est montré.

Logique économique et politique d’auteurs

Pourtant, ces derniers mois ont semblé imposer plus que jamais la prédominance de l’industrie cinématographique sur ses créateurs. Comme si cette industrie que le 7e art s’est bâti, au fil des ans, pour mener à bien ses projets était en train de le dévorer. Dire, par exemple, que les logiques économiques sont au cœur du dispositif hollywoodien ne surprendra personne. Toutefois, la situation semble plus tendue que jamais pour les auteurs qui doivent livrer de véritables bras de fer avec les grands studios qui les financent. Même les plus grands maîtres du cinéma US ne sont pas à l’abri des menaces. Depuis longtemps, Clint Eastwood, par exemple, signe régulièrement des films volontairement très populaires pour pouvoir, par ailleurs, réaliser des œuvres plus personnelles et complexes, comme, cette année, Mystic River (qui fait suite au conventionnel Créance de sang). En 2003, le déferlement des suites, adaptation de BD ou de séries, et autres facilités de production, s’est encore accru. Mais on a également pu voir arriver (ou revenir de très loin), un cinéma proprement feuilletonnesque, dans lequel l’intrigue est laissée en suspens à la fin de chaque épisode constituant le cycle. Cette année nous a, ainsi, permis de clore les trilogies Matrix (allant, hélas, de mal en pis), et Le Seigneur des anneaux (marquée au contraire par une certaine montée en puissance), et d’amorcer le diptyque Kill Bill. Ce dernier est d’autant plus symbolique qu’il n’a pas été conçu en deux volumes pour des raisons artistiques, mais afin de trouver un compromis entre l’auteur et ses producteurs : l’un pouvant ainsi maintenir l’intégrité de son œuvre en évitant des coupes façon boucherie, les autres trouvant dans cette formule le moyen de multiplier par deux les recettes et les possibilités de citations aux Oscars ! Le marketing, jusqu’ici surtout cantonné aux produits dérivés, a donc franchi une nouvelle étape. Il s’insinue au cœur même de la création. En France, la situation est en tout point équivalente. Ce qui entraîne une sur-représentation du genre le plus porteur : la comédie (les films d’action pure, estampillés Besson ou pas, ayant connu de graves revers). L’énoncé (quasi exhaustif) des meilleurs scores de l’année du cinéma hexagonal est éloquent (et inquiétant). Taxi 3, Chouchou (près de 4 millions d’entrées sur le seul Gad Elmaleh vaguement épaulé par Alain Chabat), Tais-toi !, La Beuze (2 millions d’entrées pour le comique télé Michael Youn !), 7 ans de mariage, Le Cœur des hommes, 18 ans après, Fanfan la Tulipe, Père et fils, Rire et châtiment, Nos enfants chéris… Que des comédies ! Il faut descendre à la 15e place (La Fleur du mal signé Chabrol) et à la 18e (Effroyables jardins de Jean Becker) pour trouver des films plus sombres. Et encore, on reste là dans un registre assez populaire, soutenu, devant comme derrière la caméra, par de rassurantes valeurs sûres. Autre effet collatéral : le principe des “affiches show-bizz” semble se généraliser dangereusement (mieux vaut un “comique télé” ou un “chanteur tendance” qu’un acteur talentueux mais méconnu !). Voilà bien les premiers effets de la fragilisation de la production française. Cette dernière, condamnée au succès, rejette un à un les projets plus téméraires pour ne jouer que des “coups sûrs”. C’est sans doute la fin de la diversité et de la vivacité de notre cinéma national. À moins qu’une contre-offensive ne s’affirme dans les marges… Or, du côté des indépendants, on discerne bien l’émergence de courants intéressants : celui issu de la très sérieuse «Lettre du cinéma» (Fitoussi, Dieutre, Bozon…) ou ceux de ces cinéastes “délocalisés”, jadis révélés par la série «Décadrages» de Magouric (Guiraudi, Ramos, les frères Larrieux). Mais on reste là dans des esthétiques très marginales, n’ayant, globalement, pas vocation à toucher un large public. Le compromis entre exigence artistique et sensibilité populaire semble donc se faire dangereusement rare. Et on peut craindre qu’une certaine paralysie gagne la production française, ses deux extrêmes se schlérosant chacune dans leur coin. Fort heureusement, Noémie Lvovsky, tout en s’assurant une distribution très porteuse qui lui a permis d’atteindre 1,2 million d’entrées (de loin son meilleur score), n’a pas perdu la singularité de son style. Les Sentiments figure incontestablement parmi les grandes réussites françaises de l’année. Il a, d’ailleurs très justement, reçu (ex æquo avec la Trilogie de Lucas Belvaux) le Prix Louis Delluc. L’exception qui confirme la règle… La situation de l’animation française est, elle aussi, très fragilisée. Paradoxalement, c’est au moment où sortent un grand nombre de films ambitieux (Les Triplettes de Belleville ou La Prophétie des grenouilles faisant suite à Corto Maltese) que sa survie est menacée. Les studios français ont subi les conséquences de profonds désengagements de structures américaines (Disney rompant son contrat avec Montreuil), et ont été lourdement touchés par le retrait de Canal+. De sorte qu’il semble aujourd’hui impossible de monter un projet solide en France. Même Michel Ocelot (le réalisateur du fameux Kirikou !) peine à trouver les capitaux pour financer son prochain film…

Tumultes, malaises et instabilités

La chute de la maison Canal+ a, du reste, globalement atteint l’ensemble du 7e art français. Producteurs, mais aussi distributeurs, exploitants et artistes ressentent cruellement les terribles effets de l’affaiblissement historique de celui qui était le plus gros investisseur du cinéma hexagonal. Dans la série “crise des structures et institutions influentes”, signalons aussi le départ de Pierre Chevalier de la direction de l’unité fiction d’Arte (à qui le cinéma français devait un certain nombre d’excellents films de ces douze dernières années), et, à l’inverse, l’arrivée à la tête de la Cinémathèque française du tandem Claude Berri (président) – Serge Toubiana (directeur général) qui semble pouvoir amorcer les inévitables réformes (déjà contestées) de nature à la sauver (relançant au passage la réalisation de feu la “Maison du Cinéma”). Citons aussi le départ de l’historique Délégué Général de l’ARP, Pascal Rogard, pour le poste de Directeur Général de la SACD. La presse cinématographique aussi a connu quelques mini-crises, du fait de la prise de pouvoir du groupe «Le Monde» sur ses nouvelles acquisitions. C’est ainsi que Jean-Michel Frodon a pris les rennes des légendaires «Cahiers du cinéma», tandis que l’hebdomadaire «Télérama» ressentait les premiers effets de cette même envahissante tutelle. Plus curieuse, l’affaire qui a atteint le monde du documentaire (jusqu’ici plutôt exemplaire en termes de modestie et d’humilité). Ayant connu un immense succès, Être et avoir de Nicolas Philibert a déclenché une polémique inédite, l’une des personnalités filmées (l’instituteur, Georges Lopez) ayant demandé a recevoir une très grosse somme d’argent. «Le Film français» ironisait sur les insectes de Microcosmos exigeant des cachets faramineux pour leurs prestations !… L’un des derniers bastions purs et durs de l’art cinématographique est ainsi, à son tour, atteint de plein fouet par le capitalisme sauvage ! Toujours du fait des libéralisation et mondialisation du milieu, la question de la nationalité des films, jusqu’ici inexistante devient importante et provoque parfois des réactions curieuses. Ce fut le cas aux Césars 2003, dominés par Le Pianiste de Roman Polanski (également largement vainqueur des Oscars !), film certes financé par la Pologne et la France, mais tourné en anglais et avec un casting américain… En 2004, le triomphe des canadiennes Invasions barbares à ces mêmes Césars, enfonçait encore le clou. Plus complexe encore : la commission d’agréments s’interrogea longuement sur la nationalité d’Un long dimanche de fiançailles, film écrit et réalisé en français par Jean-Pierre Jeunet, tourné en France avec des artistes et des techniciens français, mais produit par la filiale française de la Warner. Plus tôt dans l’année, c’est Stupeur et tremblements, film produit et réalisé par des Français (Alain Sarde et Alain Corneau), mais relatant les aventures d’une Française (Sylvie Testud) au Japon, et donc tourné pour l’essentiel en japonais et avec des artistes nippons, qui avait posé problème… Résultat : Jeunet est Français, pas Corneau… Enfin, la plus grave crise de l’année aura été déclenchée par la réforme du statut des intermittents du spectacle. Si tout le monde (ou presque) convenait de sa nécessité, les options retenues par l’Unedic et le Medef ont déclenché un mouvement social inattendu. Ces derniers souhaitant la professionnalisation du secteur (pour qu’il réponde plus ou moins aux mêmes règles que l’ensemble du marché du travail), ont privilégié le maintien de grosses indemnités pour les quelques professionnels les plus actifs (et qui, donc, en ont le moins besoin) plutôt qu’une bourse de solidarité plus modeste mais soutenant un nombre nettement plus conséquent d’artistes dans la difficulté. Sous le signe de la révolte, l’été 2003 fut marqué par une vague de grèves un peu partout dans les festivals hexagonaux (théâtre, cinéma ou musique : Avignon et La Rochelle comptant parmi les plus symboliques). Faute d’un arbitrage du gouvernement, l’affrontement devenait frontal. Malgré la quasi-unanimité de l’ensemble des structures professionnelles (FESAC, SPI, ARP, SRF, CSPEF) et le soutien de très nombreuses personnalités, la réforme est entrée en vigueur le 31 décembre 2003.

Une autre logique, un autre public

Face à la prise de pouvoir excessive de l’économique sur l’artistique, la création cherche des parades. Naissent alors de curieuses aventures de cinéma, radicalement aux antipodes des productions formatées. Sans souci de profits, ni de scores : seule la reconnaissance critique étant alors visée. Le cinéma français semble du coup dans la délicate position du grand écart, entre une production clairement axée vers la rentabilité et une création puriste (parfois égotiste et jusqu’au-boutiste). C’est ainsi, dans une totale indépendance d’esprit et d’impératifs financiers, que des films tels Le Monde vivant (Eugène Green), Pas de repos pour les braves (Alain Guiraudie) ou Les Jours où je n’existe pas (Jean-Charles Fitoussi) ont pu voir le jour. Dans une sorte d’univers underground… Le succès historique du documentaire en 2002 avait montré qu’un large public était prêt à suivre des projets plus ambitieux. Cet engouement s’est en 2003 manifesté par un nombre accru de sorties de documentaires sur grand écran. Des films au potentiel commercial moindre, comme le brûlot du redoutable Pierre Carles (Attention Danger Travail !), l’oscarisé Un coupable idéal, l’exceptionnel témoignage sur le Don Quichotte avorté de Terry Gilliam (Lost in La Mancha) ou le très sensible Histoire d’un secret (Mariana Otero) ont su, à leur échelle, trouver leur public. C’est aussi dans cette même logique de contenu que le public a réservé de beaux succès surprises à quelques films européens issus de cinématographies réputées en pleine crise (on pourrait aussi y associer le joli succès des Invasions barbares). En janvier 2003, Respiro de Emanuele Crialese, il est vrai porté par le Grand Prix de la Semaine de la Critique cannoise 2002 et une promotion astucieuse, réalisait plus de 600.000 entrées. Par la suite, ce fut au tour de son compatriote italien Nos meilleures années (Marco Tullio Giordana), présenté à Cannes et sorti en deux films de 3 heures, d’obtenir un très joli succès critique et public. Enfin, c’est évidemment Good bye Lenin ! (Wolfgang Becker) qui avec son 1,3 million d’entrées en France, et après un parcours triomphal Outre-Rhin, a provoqué une véritable onde de choc sur l’ensemble de l’Europe (il a d’ailleurs fort justement été couvert de prix aux European Films Awards). Qui eut pu croire qu’un film socio-politique allemand sans tête d’affiche pouvait recevoir un tel accueil ?… Là aussi, un parfait contre-exemple !

Nicolas MARCADÉ et Jean-Christophe BERJON