jeudi 3 juillet 2008, par
Nouadhibou est un port
de Mauritanie, surnommé comme d’autres ”Heremakono”, ”en attendant le bonheur”. Un bonheur qu’espèrent ceux qui guettent une occasion d’embarquer
pour l’Europe. Le fier Makan attend, de même qu’Abdallah. Celui-ci, encore jeune homme,
a retrouvé sa mère qui le surveille de près,
et s’efforce de le marier. Mais il ne comprend pas le hassanya, la langue locale. Un gamin espiègle, Khatra, va la lui apprendre, non sans le tromper parfois : les jeunes filles vont un peu se moquer de lui.

Tout résumé, nécessairement réducteur, ne permet guère de saisir la vérité et la finesse d’En attendant le bonheur (prix FIPRESCI de la critique internationale au dernier Festival de Cannes). Avec une lenteur parfois excessive, Abderrahmane Sissako (La Vie sur terre) installe
un climat étrange, par petites touches, au gré de faits anodins, d’histoires, de chants. Juxtaposant habilement les séquences, il joue sur le mélange des tons. Côté émotion, les récits nostalgiques des “candidats“
au départ, le personnage de Maata, le vieux pêcheur qui n’a jamais succombé au mirage du départ,
ses rapports grand-paternels avec Khatra, ou le chant splendide de la vieille griotte et de sa jeune disciple. Côté tendresse, les amours sans lendemain d’un Chinois de passage avec la belle Nana. Côté étrange,
l’une des premières séquences où Makan ensable son poste de radio. Côté humour, les démêlés de Maata avec une lumière récalcitrante, Abdallah captant la vie du village à travers une lucarne de la maison maternelle qui prend des allures d’écran télévisuel, sa gêne
au milieu des jeunes filles mutines. Lorsqu’il se retrouve dans une pièce entièrement tapissée du même tissu que ses vêtements, la drôlerie tourne au malaise.
En attendant le bonheur a une dimension universelle. Pas seulement par son “message“, parfois un peu trop appuyé, mais par sa manière de filmer, notamment les dernières séquences : Abdallah aux prises, sa petite valise à la main, avec les pièges d’une dune, Khatra se dissolvant dans les sables.
Christian Berger
Heremakono
d’Abderrahmane Sissako
Avec : Khatra Ould Abdel Kader (Khatra), Maata Ould Mohamed Abeid (Maata), Mohamed Mahmoud Ould Mohamed (Abdallah), Nana Diakité (Nana), Fatimetou Mint Ahmeda (Soukeyna, la mère), Makanfing Dabo (Makan),
Nèma Mint Choueikh (la griotte).
Mauritanie - France, 2002.
Durée : 95 min
Sortie cinéma (France) : 15 janvier 2003
Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby Digital.
Langue : français, hassanya - Sous-titres : allemand, anglais, espagnol, français, néerlandais.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 19,99 €
Éditeur : Les Films du Paradoxe
Distributeur : Les Films du Paradoxe
Bonus :
Partir, revenir : voyages d’un cinéaste (documentaire de 52 min réalisé par Louis Danvers)
Galerie photos
Bande-annonce
CD musique traditionnelle (Nema Mint Choueikh)