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Entretien avec Kelly Reichardt

à propos de son film Certaines femmes

mercredi 15 mars 2017, par Paul Fabreuil

L’UN DES PLUS GRANDS CINÉASTES (AMÉRICAINS) ACTUELS S’APPELLE KELLY REICHARDT. DANS CHAQUE NOUVEAU FILM, CELLE-CI USE DE SON SENS DE L’ÉPURE TOUJOURS PLUS SUBTILEMENT POUR RACONTER UNE HISTOIRE TOUJOURS PLUS RAFFINÉE, TOUJOURS PLUS FOISONNANTE DE PETITS DÉTAILS QUI EN DISENT LONG, TOUJOURS PLUS RICHES DE FINES COUCHES FICTIONNELLES. ET SURTOUT, – ESSENTIELLEMENT, – POUR MONTRER LA GRANDEUR DE VIES MINUSCULES. CE QUI EST REMARQUABLE DANS SON CINÉMA, ET PARTICULIÈREMENT DANS CERTAINES FEMMES, C’EST SON SOUCI D’ÉNUMÉRER, DE RECENSER CE QU’IL Y A DANS LE MONDE, CE QUI EST AU MONDE, EN CAPTANT LA SINGULARITÉ DE CHAQUE ÊTRE, DE CHAQUE CHOSE. C’EST SA MANIÈRE PRÉCISE, CISELÉE ET BELLE DE SIMPLICITÉ POUR DIRE L’ÉTONNEMENT QU’IL EXISTE QUELQUE CHOSE PLUTÔT QUE RIEN.
DANS SON REGARD DE CINÉASTE, TOUT COMPTE. AINSI, UN BRIN D’HERBE REMUÉ PAR LE VENT PEUT SE TROUVER EN PREMIER PLAN, COMME DANS LA DERNIÈRE PISTE, PENDANT QU’AU LOIN, SUR UNE CRÊTE PASSENT LES CHARIOTS D’UN CONVOI DE PIONNIERS PARTIS À LA RECHERCHE DE NOUVELLES TERRES EN 1845. KELLY REICHARDT NOUS FAIT RESSENTIR QUE, POUR QUE QUELQU’UN OU QU’UNE CHOSE SOIENT INTÉRESSANTS, IL NOUS FAUT LES REGARDER SUFFISAMMENT LONGTEMPS POUR QU’ENFIN ILS SE RÉVÈLENT L’ÊTRE. NI TROP LONGTEMPS, NI PAS ASSEZ. POUR REICHARDT, L’OBJET DE SON ATTENTION, COMME L’ÉCRIT LE POÈTE FRANCIS PONGE (*) À PROPOS DU SIEN, EST « TOUJOURS PLUS IMPORTANT, PLUS INTÉRESSANT, PLUS CAPABLE (PLEINS DE DROITS) : IL N’A AUCUN DEVOIR VIS-A-VIS DE MOI, C’EST MOI QUI AIT TOUS LES DEVOIRS VIS-A-VIS À SON ÉGARD ». C’EST CE QUI FAIT QUE SA MANIÈRE DE FILMER LE MONDE FAIT SCINTILLER CELUI-CI À NOS YEUX DE TOUTE L’ÉVIDENCE DE SON EXISTENCE, MÊME DANS LES CHOSES INFIMES IN FINE.


Souhaitez-vous respecter le plus possible votre scénario ou bien n’est-il pour vous qu’une matière de départ ?
Pour moi, le scénario pour moi est un guide pour être sûre, autant que peut se faire, d’aller dans la bonne direction. Mais, sur ce film, les contraintes matérielles m’ont obligé à travailler différemment, vite. J’ai apporté pas mal de changements, je crois, parce que je ne m’en rends pas bien compte. Mais oui, j’ai été amenée à trouver pas mal de choses durant le tournage car je n’avais pas un temps de préparation bien long. En tout cas, même avec des conditions matérielles moins contraignantes, j’aime que les acteurs se sentent libres d’apporter leur contribution à ce qui est écrit.

Même aux dialogues ?
Non, il n’y a pas d’improvisation pour les dialogues. Parfois, je rajoute mais très rarement. J’enlève beaucoup plus. Il arrive que je supprime un passage car je m’aperçois en écoutant les acteurs sur les lieux de tournage qu’à tel endroit les dialogues ne donnent pas ce que j’avais espéré.

Plus de soustractions que d’additions ?
Oui.

Et pour les gestes des acteurs ? Le scénario les indique-t-il ?
Ce sont les acteurs qui trouvent les gestes. J’attends qu’ils me donnent leurs gestes. Je leur laisse le temps nécessaire pour qu’ils puissent accomplir leurs gestes. C’est très important pour le rythme du film. J’ai oublié de vous préciser que pour ce film, les répétitions avec les comédiens ont eu lieu sur les lieux de tournage. Avec Christopher Blauvelt, le directeur de la photo, je les ai regardés répéter sur place et, ensuite, j’ai décidé avec lui s’il fallait apporter quelques corrections afin de respecter ce qui était prévu pour les cadrages, la lumière…

Dans Certaines femmes, certains objets ont une grande importance pour dire ce que ne dit pas le personnage sur lui-même ou la situation qu’il est en train de vivre : le bonnet enfoncé sur la tête de Lily Gladstone, la pierre qui est un débris d’une école en ruine et que tient Michelle Williams tout en parlant, la porte du bureau de Laura Dern que critique un de ses clients… Était-ce déjà dans les nouvelles de Maile Meloy que vous avez adaptées ?
Ça dépend. La scène de la porte a été ajoutée pour donner au personnage joué par Jared Harris l’occasion de montrer une fois un domaine où il excelle, qu’il maîtrise. Le bonnet de Lily Gladstone aussi. Mais la pierre que tient Michelle Williams était déjà dans le texte de Maile Meloy.

Adapter littéralement n’est donc pas votre préoccupation principale…
En effet. J’ai changé d’autres choses, et certaines radicalement. Par exemple, le personnage de Lily Gladstone était un homme, j’en ai fait une femme. Ceux de Michelle Williams et James LeGros n’étaient pas mariés et n’avaient pas d’enfant chez Maile Meloy.

La mise en scène était-elle indiquée dans votre scénario ?
Dans le scénario que je donne aux acteurs, il n’y a aucune précision de mise
en scène. Ils n’en ont pas besoin, selon moi. Mes notes concernant la mise en scène, je les garde pour moi. Elles sont très détaillées pour certaines séquences : elles indiquent des réflexions, des idées de plan, des choses à ne pas oublier. Parfois, je peux aller jusqu’à faire un story-board. Mais, pour d’autres séquences, je n’ai aucune idée de mise en scène quand j’arrive sur le lieu de tournage.
Propos recueillis par Paul Fabreuil

P.-S.

(*) Dans La Rage de l’expression.




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