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Sortie DVD de L’Île inconnue, de Jack Bernhard

mercredi 8 août 2012, par Vincent Jourdan


LA JAVA DES DINOS

Cela commençait plutôt bien. Dans un bouge de Singapour débarque l’héroïne et son fiancé. Carole Lane a l’assurance piquante des personnages féminins de Howard Hawks. Ils viennent recruter un solide marin, un capitaine avec la carrure et les poings à la Wallace Beery. La décor est pauvre mais correctement filmé, la photographie de Fred Jackman Jr., Robert Gough, Milton Gold est en Cinécolor, un procédé proposant une alternative bon marché au Technicolor et qui a aujourd’hui un certain charme. Nos amis discutent et l’on nous promet de l’aventure, de l’île perdue et des dinosaures. Dans la foulée, on embarque sans ménagement un beau gosse alcoolique traumatisé par une précédente expédition dans la fameuse île et vogue le navire. En réalisant Unknown Island (L’Île inconnue ) en 1948, Jack Bernhard suit son King Kong (L’unique celui de 1933), sur le bout des doigts palliant au mieux des moyens bien moindres. Pour agrémenter la traversée, il a l’idée d’une mutinerie de l’équipage malais, torses nus et bandanas, que le cap’tain Tarnowski règle à coup de gourdin. Et puis on arrive sur l’île.

C’est là que ça commence à se gâter. Le morceau de studio alloué aux extérieurs est incapable de faire illusion. Jack Bernhard abdique très vite côté mise en scène et la scénario s’enfonce dans des bavardages et des allées et venues entre un bout de plage et trois palmiers en pots. Les personnages agissent un peu n’importe comment. Le beau gosse renonce à l’alcool en un plan. Une sacrée volonté, ce sera le héros finalement puisque le fiancé s’occupe plus de ses photos de grosses bestioles que de sa belle qui, de son côté, perd tout piquant. Et puis l’on découvre les fameux dinosaures et nous passons alors dans une autre dimension. Pour donner vie aux titans antédiluviens, il y a la méthode de l’animation image par image développé par Willis O’Brien dans The Lost World puis King Kong, procédé coûteux et minutieux mais qui donne de superbes résultats. Il y a la méthode farfelue qui consiste à maquiller de véritables animaux, des iguanes où des lézards souvent, comme dans One Million B.C. (Tumak, fils de la jungle - 1940) de Hal Roach. Il y a désormais les effets numériques mais c’est une autre histoire. Unknown Island innove nous dit-on avec la méthode consistant à mettre un homme dans un costume au sein d’un décor miniature. Ce procédé fera le bonheur des japonais avec le fameux Godzilla et ses amis radioactifs, mais dans le film qui nous intéresse, ce n’est encore très au point. Les « acteurs » se dandinent pitoyablement dans leurs costumes de carnaval. L’assaut des trois (quelle ambition !) tyrannosaures est un grand moment d’anthologie et je salue la force de conviction des acteurs criant et tirant face à la vision de ce trio infernal. Les yeux du spectateur habitué aux Jurassik Park en tomberont sur la moquette.

Jack Bernhard nous gratifie également d’un monstre simiesque et velu, vaguement orange avec la mâchoire d’Alien, qui sème la terreur d’un côté de l’écran, et l’hilarité de l’autre. Le film se débobine rapidement, comme si tout le monde, du réalisateur en passant par le monteur et les chefs opérateurs, avait travaillé en se voilant la face devant l’infantilisme du matériau. A moins que, eux aussi, n’aient été pliés de rire derrière leurs machines respectives en pensant que, après tout, il faut bien gagner sa vie. Toujours est-il qu’ils abandonnent lâchement le groupe d’acteurs qui n’en peut mais. Unknown island est donc à réserver aux fans « hardcore » des dinosaures et aux pervers dans mon genre que ce genre de choses amusent. Mais il ne faut pas en abuser.

Vincent Jourdan

L’Île inconnue


Unknown Island
de Jack Bernhard

Avec : Virginia Grey (Carole Lane), Phillip Reed (Ted Osborne), Richard Denning (John Fairbanks), Barton MacLane (le capitaine Tarnowski), Richard Wessel (Sanderson), Daniel White (Edwards), Philip Nazir (Golab)

USA - 1948.
Durée : 72 min
Sortie cinéma (France) : inédit
Sortie France du DVD : 4 novembre 2010
Format : 1,33 - Noir & Blanc - Son : Mono
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 12,90 €
Éditeur : Artus Films
Collection : Collection Dinosaures
Distributeur : Zylo

Bonus :
-  «  Les mondes perdus au cinéma  », par Alain Petit, spécialiste du cinéma Bis
-  Galerie de photos
-  Bandes-annonces Artus Films




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