mardi 17 juillet 2012, par
C’est la tangente que je préfère
Sabine, 15 ans, rencontre un homme dans l’autobus. L’attirance est immédiate et réciproque. Sabine est élève de première dans un lycée lillois ; elle très brillante, notamment en mathématiques, matière qu’elle adore et qu’elle a pour ainsi dire intégrée à sa vie parce qu’elle l’aide à raisonner. Jiri, 40 ans, metteur en scène tchèque, monte une pièce pour le théâtre municipal.

La voix off de la jeune héroïne du troisième long métrage de Charlotte Silvera (Louise l’insoumise, Prisonnières) intègre le hasard des rencontres aux données initiales de sa destinée. Précieux outil de raisonnement, les mathématiques passionnent la jeune fille au point qu’elle reformule le moindre événement de son quotidien à leur lumière, histoire de ne pas rater le moment opportun pour prendre la tangente... Il est effectivement très jouissif de l’entendre constater l’adéquation du langage mathématique à la fiction de sa vie. Entre romantisme, amour passionnel et raisonnement pur, l’élaboration du récit force l’admiration. Julie Delarme, pour la première fois à l’écran, rappelle Marie-Christine Barraut (sa bonne fée marraine dans le film) au même âge. Quant à Georges Corraface, il séduit avec talent.
Avec : Julie Delarme (Sabine), Georges Corraface (Jiri), Marie-Christine Barrault (la professeur de mathématiques), Agnès Soral (la mère de Sabine), Christophe Malavoy (le père de Sabine), Suzie (Gabrielle), Anna Prucnal (la femme blonde), Marie Laforêt (Pétra la vérité), Françoise Michaud (la professeur de sciences-naturelles), Maxime Lombard (le policier), Maurice Chevit (Jean-Pierre), Louis Navarre (Guy), Alix de Konopka (la voisine), Bernard Sens (Jan), Witold Heretynski (Petr), Rachid Amenzou, Sefiane Belmahi, Rabi Benzakour, Faouzi Brahimi (Alam), Catherine Calvet, Charlotte Dupla, Luc Duvinage, Julien Favreuille, Viridiana Hamnou, Nicolas Mahieux, Grégoire Maurice, Sophie Morel, Marc Prin, Laurent Robin, Xavier Roge, Rufus (un spectateur au cinéma), Carol Styczen, Frédéric Tondeur, Ludovic Vandendaele et Jeremy Zylberberg (les adolescents)
France - Belgique, 1997.
Durée : 100 min
Sortie cinéma (France) : 5 août 1998
Les Filles, personne s’en méfie
Impertinente Judith, fillette provinciale de 8 ans, a tenu le rôle principal du film "Prune", où elle parvenait à réconcilier ses parents fictifs. Depuis, l’état de crise semble avoir gagné ses vrais parents, qui, en outre, accusent le cinéma d’avoir changé leur fille. Judith, qui se sent responsable de leurs problèmes de ménage, veut alors retrouver l’équipe du film, pensant qu’elle parviendra de cette façon à tout arranger. Pour cela, elle fait une fugue jusqu’à Paris, où elle entraîne la timide Nora, 11 ans. Mais, au cours de leurs pérégrinations dans les quartiers parisiens, elles vont de désillusion en désillusion, ne retrouvant pas les personnes, ni même les lieux que Judith a connus pendant le tournage. Car, depuis la fin du tournage, tout a changé et chacun est reparti de son côté.

Charlotte Silvera avoue avoir construit l’idée de son film à partir des témoignages des enfants qu’elle a fait tourner. Car, depuis son premier film, Louise... l’insoumise (1984), elle manipule avec sensibilité le genre du film "avec enfants" qui n’est pas "pour enfants". Plaçant sa caméra à la hauteur de ses deux jeunes héroïnes, la réalisatrice livre ainsi une réflexion faussement naïve sur le cinéma comme art et comme industrie. En tant qu’art, d’abord, puisqu’elle promène Judith et Nora dans un Paris de la Nouvelle Vague où l’on s’apprête à croiser le Jean-Pierre Léaud des 400 coups, la Jean Seberg d’À bout de souffle et jusqu’à la péniche de L’Atalante, au cours d’une déambulation surréaliste à la Zazie dans le métro. Les références fusent derrière les cadres tremblants de la caméra DV, derrière les apparitions clin d’œil de quelques comédiens (Jean-Claude Brialy, Alexandra Stewart, Roland Bertin) et derrière les interrogations des deux filles, qui cherchent à comprendre ce qu’est véritablement le cinéma, art de la duperie et du trompe-l’œil, art de l’apparence et des faux semblants. Art, donc. Et industrie. La promenade des deux jeunes filles est, en effet, le prétexte à une visite (un peu trop) guidée des étapes de fabrication d’un film : production, tournage, montage, post-synchro, projection... Tout y passe, sans exception. Et c’est malheureusement là que le projet plaisant de Charlotte Silvera s’enlise, perdant de sa spontanéité, de son charme... Et de son intérêt.
Cyrille Latour
Avec : Thylda Barès (Judith), Nora Rotman (Nora), Jean-Claude Brialy (le projectionniste), Roland Bertin (le marinier), Alexandra Stewart (la femme cliente), Dominique Besnehard (le producteur), Jérôme Deschamps (le réalisateur), Raphaël Mezrahi (l’acteur), Héléna Noguerra (l’actrice), Agnès Soral (la monteuse), Georges Corraface (le pompier), Cécile Magnet (Geneviève), Rémi Martin (Julien), Louis Navarre (le conducteur), Julie Delarme (Patricia), Nar Sene (le Black), Joseph Morder (Pépé Mauser), Richard Morgiève (le serveur du café Saint-Paul), Françoise Michaud (l’assistante-réalisatrice), Tom Pattern (Edward Trew), Pierre Sénélas (Godo), Ibrahim Koma
France, 2002.
Durée : 95 min
Sortie cinéma (France) : 6 août 2003
Durée totale du DVD : 210 min
Couleur
Langue : français - Sous-titres : anglais.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 18,00 €
Éditeur : Doriane Films
Distributeur : Zalys Distribution