mardi 19 juin 2012, par
Jack et Louis vivent en autarcie avec leur mère malade au beau milieu de la Louisiane. Vivant de la chasse et de leur potager,
ils n’ont aucun lien avec la civilisation. Lorsque le plus jeune découvre le corps de leur mère dans un marais, les deux frères refusent les procédures légales et traversent une partie
de l’État pour enterrer leur mère. Après avoir abandonné
leur voiture, ils poursuivent leur chemin en portant le cercueil. Ils traversent de grande étendues, puis empruntent le lit
d’un fleuve pour alléger le poids du bois et accéder plus rapidement au lieu d’inhumation. Ils se nourrissent de poissons, pêchés à l’aide de bâtons.

Découvert à la Quinzaine des Réalisateurs en 2010,
ce premier film d’Alistair Banks Griffin propose un voyage initiatique où les grands espaces marécageux de la Louisiane noient le spectateur dans l’univers intérieur de deux rednecks refusant toute confrontation avec la société. On ne rentre pas facilement dans les mangroves, et peut-être encore moins dans ce film, qui apparaît comme une étonnante vision tarkovskienne des États-Unis. Épreuve physique et parcours mental, Two Gates of Sleep est, en effet, un film constitué de silences, de mouvements et de paysages. En toile de fond c’est Stalker qui est convoqué. Mais le film s’inscrit avant tout dans la culture quasi chamanique de la Louisiane, où la terre dicte aux hommes la façon dont ils doivent vivre et reproduire les rites ancestraux. La Louisiane est la terre des songes et des esprits, et ce monde nous est ici révélé par l’utilisation hypnotique des travellings latéraux, par un montage privilégiant les images parasites et par un univers sonore expressionniste. Le tout est magnifiquement mis en lumière par Jody Lee Lipes, également chef opérateur des deux autres productions de la jeune société BorderLine Films : Afterschool et Martha Marcy May Marlene. Comme ces deux autres films, Two Gates of Sleep pose, à cause de la grande visibilité de ses partis pris et de ses références, la question de la sincérité de la démarche. Si l’on n’y croit pas, on peut ne voir dans le film qu’une belle carte de visite en forme de grand geste radical. Mais si l’on accorde sa confiance au cinéaste, on pourra se laisser happer par le caractère envoûtant de son œuvre.
Gaël Martin
Two Gates of Sleep
de Alistair Banks Griffin

Avec : Brady Corbet (Jack), David Call (Louis), Karen Young (Bess), Ritchie Montgomery (le docteur Benjamin), Lindsay Soileau (Dell), Ross Francis (Hunter)
États-Unis, 2010.
Durée : 78 min
Sortie cinéma (France) : 14 décembre 2011
Sortie France du DVD : 3 juillet 2012
Format : Scope - Couleur - Son : Dolby Digital 5.1. et 2.0.
Langue : anglais - Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Prix public conseillé : 19,99 €
Éditeur : Damned Distribution
Distributeur : Arcadès
Bonus :
Court-métrage : Gauge, d’Alistair Banks Griffin (10’)
Bande-annonce