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Thomas Fouet

Questionnaire Spécial n°2000 (années 80)

jeudi 26 janvier 2012, par Thomas Fouet



1. Le film que vous auriez mis
en couverture de l’Annuel
l’année de votre naissance.

Blow Out (Brian de Palma).

2. Le film que vous avez le
plus vu.

Edward aux Mains d’Argent, Tim Burton. À 16 ans, jusqu’à trois fois dans la même soirée.

3. Le film qui est toute votre
enfance.

Gremlins, Joe Dante. Les trois premiers Indiana Jones de Spielberg. Et, plus jeune, des films avec des chiens. Notamment Benji La Malice, à propos d’un berger des Pyrénées qui sauve des bébés cougars. Merci de ne pas rire. Tout le monde a eu 8 ans.

4. Le film qui est toute votre
adolescence.

Edward aux Mains d’Argent, Tim Burton. J’en veux à Burton d’avoir, depuis Sleepy Hollow - et exception faite de Big Fish - sombré dans la redite.

5. Le film qui vous a
donné la révélation
de votre cinéphilie.

D’une part, la cinéphilie est un dommage collatéral de mon envie de faire des films. D’autre part, je ne pense pas que la vision d’un film m’en ait donné la révélation. La découverte des Inrocks, en revanche - Tous les mercredis, 15 francs -, a beaucoup joué. Un dossier Cronenberg pour la sortie de Crash, Godard en Une ("Godard, Mozart Fucker"), un entretien avec Carax, dans lequel il racontait qu’enfant, "une sorte de voix off du Bon Dieu" l’accompagnait partout... Il descendait l’escalier, et la voix disait : "Et puis il descendit l’escalier..." Quand la voix est partie, il a fait du cinéma. (Ça m’a paru limpide.)
Et, depuis, cette idée que la critique, quand elle est correctement faite, vaut bien son objet d’étude ; et que celui qui la pratique n’est pas un "médiateur culturel", ni un "relais promotionnel".

6. Le film qui vous a le plus
traumatisé.

Avant l’âge de 15 ans, trois films m’ont pas mal secoué. Orca (Michael Anderson). Vu à 10 ou 11 ans. Le programme TV avait annoncé, par erreur, un film d’aventures tous publics, option Marineland et féérie aquatique. Résultat, un épaulard furax démolit une maison sur pilotis et boulotte au passage les jambes d’une femme suspendue dans le vide. Hitcher (Robert Harmon). Pour le sort réservé à la pauvre Jennifer Jason Leigh. Benny’s Video (Michael Haneke). Une histoire de pistolet à cochon.

7. Le classique que vous
détestez.

- Orange Mécanique, Stanley Kubrick.
- Le Pianiste, Roman Polanski.
- Le Dernier Métro, François Truffaut.
- Out Of Africa, Sidney Pollack.

8. Le film que vous trouvez
trop sous-estimé.

Récemment, Cloverfield (Matt Reeves) et Une Nuit à New-York (Peter Sollet). Le premier, parce que c’est un film de monstre efficace, doublé d’une love story naïve et touchante, et rien moins qu’un état des lieux de l’image à l’ère de Youtube et des caméras DV, et de l’Amérique post-11/09. Le second, parce que c’est une petite chose touchée par la grâce. À la fin des plus beaux teenage movies - je pense à Ferris Bueller ou Superbad -, la somme des renoncements et promesses convoqués vous serre le cœur. Pas bégueule, Une Nuit à New-York vous offre les promesses sans les renoncements. Le jour se lève sur la ville, deux ados s’engouffrent dans un métro et le monde leur appartient... Ça tient à trois fois rien, mais qu’est-ce que ça y tient !
Et aussi Wonderful Town (Aditya Assarat). Un film qui nous apprend qu’en amour, l’on passe du chantier à la ruine en un clin d’œil. Comment cette merveille a-t-elle pu passer inaperçue ?

9. Le nanar que vous adorez.
À peu près n’importe quel film avec Éric et Ramzy. Pour Éric, surtout. Dans la catégorie nanar oscarisé, Le Patient Anglais, d’Anthony Minghella.

10. Le cinéaste auquel vous
êtes prêt à tout pardonner.

Godard, parce qu’il me semble parfois très seul à exploiter toutes les potentialités du cinéma. À ne pas se contenter d’effets de manche et de petites histoires ; à se poser des questions, autres que celle du rythme, sur le montage ; à ne pas considérer que l’association d’un son et d’une image coule de source ; à chercher à penser, plus que le cinéma, EN cinéma.

11. Votre personnage de
cinéma fétiche.

Mathieu Amalric dans Rois et Reine (Desplechin). Kenneth Branagh dans Celebrity (Allen). David Niven dans The Moon Is Blue (Preminger). François Cluzet dans Les Apprentis (Salvadori). Peu de foudres de guerre, en somme. Éventuellement, Clark Gable dans Mogambo (Ford) !

12. Le film dans lequel vous
aimeriez vivre.

Celui-ci reste à tourner. Probablement l’un de ces films à faible enjeu, dans lesquels la question consiste à trancher entre la blonde et la brune. Seth Rogen serait mon pote et, en buvant des bières, il m’aiderait à résoudre cet épineux problème. J’éviterais les milieux hostiles, les films dans lesquels il faut tuer ou être tué. J’éviterais surtout les films d’époque, dans lesquels la musique des trente dernières années n’existe pas.

13. Votre DVD de secours
en cas de déprime.

Forgetting Sarah Marshall (Nicolas Stoller). Pour le joli minois de Kristen Bell et les grands yeux de Mila Kunis, la drôle de balourdise de Jason Segel, l’accent improbable de Russel Brand, un dîner au dialogue étincelant, une rupture d’anthologie, un couple de Mormons en voyage de noces, un Dracula en mousse, un karaoké pathétique, la rencontre au sommet du trivial et du romantique. À défaut, Un Jour sans fin (Harold Ramis) fait l’affaire.

14. La réplique de cinéma qui
est passée dans votre
langage courant.

Dans Celebrity, Kenneth Branagh (qui s’efforce de bafouiller comme Woody Allen) se retrouve au lit avec une ravissante jeune fille, qui se targue d’écrire et lui dit, le plus sérieusement du monde :
"Tu connais Tchekov ? J’écris comme lui."
Sinon, cette réplique de Jurassic Park, citée de façon approximative (et en tâchant d’imiter la voix de Jeff Goldblum) :
"Hum... Y aurait-il des dinosaures dans votre parc à dinosaures ?"

15. Le film dont vous n’aimez que la bande originale.
Sur ce point, je partage l’avis de Roland Hélié, mon collègue et néanmoins ami. Jusqu’à La Fin du Monde est un film chichiteux, prétentieux, boursouflé, qui confirme, à l’orée des nineties, le déclin de Wenders. Mais la BO est formidable. Un Talking Heads passable, aussitôt rattrapé par le délicieux Summer Kisses, Winter Tears de Julee Cruise. Une belle chanson des méconnus Crime and The City Solution. Can, Cave et Costello en grande forme, REM et Lou Reed très corrects. Un morceau anormalement réussi de Daniel Lanois et, surtout, l’une des mes chansons préférées de Depeche Mode - et donc du monde -, Death’s Door.

16. Le film que vous voulez à
tout prix faire découvrir à
vos amis.

Plutôt que de leur faire découvrir un film, je voudrais, en leur parlant d’un film que, tous, nous avons vu - et que j’aime, et qu’ils détestent -, les convaincre de sa valeur.

17. La découverte la plus
marquante que vous ayez
faite par hasard en
travaillant pour les Fiches.

Black Blood (Miaoyan Zhang). Loin d’être parfait, le film est traversé par une poignée de séquences plastiquement splendides, qui travaillent une sorte de burlesque à retardement. Un cinéma pataphysique et politique. Pas si courant.

18. Le film que vous vouliez
citer mais n’avez réussi à
placer dans aucune de vos
réponses.

Kaïro, Kyoshi Kurosawa. Exotica, Atom Egoyan. Breezy, Clint Eastwood. All The Real Girls, David Gordon Green. The Hole, Tsai Ming-Liang. Dead Man, Jim Jarmusch. Quatre Nuits avec Anna, Jerzy Skolimovski, The Offense, Sidney Lumet. Gerry, Gus van Sant. La Soledad, Jaime Rosales. Ander, Roberto Caston. Domicile Conjugal, François Truffaut. Two Lovers, James Gray. La Règle du Jeu, Jean Renoir. Les Climats, Nuri Bilge Ceylan. Brown Bunny, Vincent Gallo. Tokyo Eyes, Jean-Pierre Limosin. Le Cheval de Turin, Béla Tarr. Nous ne Vieillirons pas Ensemble, Sous le Soleil de Satan, Maurice Pialat. La Guerre est Finie, Alain Resnais. Fish Tank, Andrea Arnold. Keane, Lodge Kerrigan. My Magic, Eric Khoo. Old Joy, Kelly Reichardt. La Guerre des Mondes, Spielberg. Va et Vient, Joao Monteiro. Double Messieurs, Jean-François Stévenin. Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Michel Gondry. Loulou, Pabst. Oncle Boonmee, Apichatpong Weerasethakul. A Scene At The Sea, Takeshi Kitano. Suite Parlée, Marie Vermillard et Joël Brisse. La Graine et Le Mulet, Abdelatif Kechiche. Voyage à Tokyo, Yasujiro Ozu. Un Lubistch, mais lequel ?

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