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Parenthèse estivale 2017 : House of cards Série américaine - 5 saisons - Diffusion Netflix

Si vous avez manqué le début…

En 2013, les odieuses magouilles du démocrate Frank Underwood et de sa femme pour accéder à la Maison Blanche remportent les suffrages du public et de la critique. C’est la première production maison de l’ambitieuse plate-forme américaine Netflix (1). Et pour une Première, elle s’est mise sur son trente-et-un.
Même si elle a emprunté le costume (il s’agit de l’adaptation d’une série britannique, elle-même tirée d’un roman), elle le porte beau, grâce au scénariste Beau Willimon (2). En plus, elle a choisi David Fincher pour réaliser les premiers épisodes et imprimer sa patte en produisant l’ensemble.

 

A la conquête du pouvoir

House of Cards à ses débuts, c’est indéniablement la classe. Ça commence par un générique dont on ne se lasse pas : images en time lapse (photographie accélérée) et musique de Jeff Beal qui fait sonner tambours, résonner trompettes. La mise en scène de Fincher est remarquable, sa lumière et ses cadrages très reconnaissables parlent autant que les personnages, froids et déterminés. Le couple Underwood dévoile peu à peu son intimité et sa complexité, Kevin Spacey et Robin Wright incarnent parfaitement la démesure de leur soif de pouvoir et de leur incroyable absence de scrupules.

 

Surprise : Frank Underwood s’adresse régulièrement au spectateur, face caméra, pour lui confier son opinion qui fait rarement dans la dentelle. C’est drôle et c’est subtil : en créant ainsi la connivence, le méchant devient aimable, forcément aimable. Ce procédé, que l’on a pompeusement qualifié de shakespearien (3), met le spectateur dans l’inconfortable position de complice des exactions du héros.
Le vilain est aimable, voyez où cette ambiguïté peut mener le monde, nous dit ainsi House of Cards dans ses premières saisons. A l’époque, le Président Obama raconte qu’il regarde la série avec grand amusement…

 

 

Un nouveau Président

Hélas, les temps vont changer. En 2015, par un ultime tour de passe-passe, Frank Underwood accède à la fonction suprême tant convoitée (saison 3). Dès lors, la série peine à se renouveler, multiplie des intrigues fumeuses qui finissent par lasser. Les clins d’œil caméra du héros se raréfient, ce qui fait pencher le récit du côté d’une vulgaire caricature. Littéralement sans point de vue, House of Cards perd de sa superbe, n’est plus vraiment une « série politique ».

 

Avec la (réelle) campagne pour l’élection américaine de 2016, les scénaristes sont en ébullition. La saison 5, diffusée en mai 2017, sous la présidence de Donald Trump, relate précisément la campagne Underwood pour la présidentielle. Une campagne fictionnelle évidemment jalonnée de trump-eries, troublantes de similitudes avec la réalité.
Cette saison marque le retour d’une meilleure facture formelle, retrouve son caractère inventif et sa capacité à maintenir l’intérêt et le suspens. Le problème, c’est qu’entre 2013 et aujourd’hui, notre regard a changé : entre satire et hantise, la frontière est désormais ténue…

 

Peut-on continuer à regarder House of Cards comme un exutoire salvateur ou faut-il se méfier des effets pervers d’une superbe démonstration du « tous pourri » ? C’est l’actuelle question que nous pose cette série, ainsi redevenue politique.

 


(1) Avant son ouverture en France, Netflix avait cédé ses droits de diffusion d’House of Cards à Canal+ de 2013 à 2016.
(2) Co-scénariste des Marches du pouvoir (2011) avec George Clooney.
(3) Certains héros de Shakespeare s’adressent ainsi au public. Notamment Richard III, tyran que l’on compare d’autant plus facilement à Frank Underwood que Kevin Spacey l’a interprété au théâtre, peu avant les débuts de la série.


House of Cards (2013, en production) série américaine créée par Beau Willimon, Frank Pugliese, Melissa James Gibson.

Avec : Kevin Spacey, Robin Wright, Michael Kelly, Boris Mc Giver, Jayne Atkinson, Derek Cecil, Elizabeth Marvel, Neve Campbell…
Saison 5, 13 x 52 minutes, intégralement disponible sur Netflix le 30 mai 2017.
Saisons 1, 2, 3, 4 sur Netflix et en DVD & Blu-ray.

Bande annonce S5