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The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate

Alors que la série événement de la plateforme Hulu vient de tirer sa révérence aux États-Unis, The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate arrive en juin sur OCS Max. État des lieux d’un projet ambitieux et profondément dérangeant, garanti sans spoiler majeur (ni huile de palme).

 

Si vous avez manqué le début…

Publié en 1985, le roman La Servante écarlate de Margaret Atwood partage quelques similitudes avec un autre roman : Les Fils de l’homme de P.D. James, paru en 1992. Tous deux envisagent des futurs proches, où l’Humanité est confrontée à une stérilité de masse : stérilité des femmes chez Atwood, des hommes chez James. Or, chez l’auteure des Fils de l’homme, l’ouvrage était une manière de s’interroger sur les réactions de la société britannique face à son lent dépeuplement – et son inexorable extinction.
L’avenir imaginé par Atwood est certainement encore plus terrifiant : l’infertilité ne touche pas toutes les femmes. À Gilead, régime fondamentaliste chrétien qui a renversé le gouvernement des États-Unis (et provoqué une guerre civile), les femmes fertiles sont devenues les servantes écarlates : dépossédées de leur identité, elles sont contraintes à tomber enceintes des hauts dignitaires qui leur sont assignés. Après l’accouchement, les nouveaux-nés sont élevés par les dirigeants… tandis que les servantes se voient assignées à une nouvelle famille.

 

La fabrique de l’horreur

“Bienvenue à Gilead” résonne comme une invitation à entrer en enfer. La série créée par Bruce Miller (qui a fait ses armes sur Urgences, et officiait récemment sur les deux premières saisons des 100) nous invite à suivre le parcours de June Osborne (Elizabeth Moss), capturée par les milices de Gilead, “formée” à devenir servante et assignée au commandant Fred Waterford (Joseph Fiennes) et à son épouse Serena Joy (Yvonne Strahovski, enfin sortie des rôles d’action). La voici devenue “Offred” (traduisible en “Defred”, toutes les servantes devant prendre le prénom de l’homme qui leur a été assigné, et dont elles sont la propriété). Le spectateur découvre progressivement son passé, en même temps que la montée en puissance des cerveaux derrière le régime dictarorial de Gilead : des hommes lassés des libertés accordées aux femmes, prônant un retour à des valeurs rétrogrades, s’appuyant sur une lecture bigote de la Bible pour justifier leurs actions, leurs lois et leurs exactions.

 

 

Si la structure en flash-backs évoque un peu trop Orange is the New Black lorsque la série s’intéresse à d’autres personnages que June, elle permet au récit de se complexifier : sans se départir d’un caractère profondément intime, l’écriture peut alors s’autoriser à étudier les mécanismes à l’œuvre dans une société totalitaire. June a conscience d’être un rouage dans un système monstrueux, et la prestation d’Elizabeth Moss, magistrale et tout en nuances, illustre la difficulté d’un individu à résister face à une société oppressive. L’éprouvante “préparation” des femmes condamnées à devenir servantes dépeint les méthodes mises en place et appliquées par… une femme (Ann Dowd, terrifiante) pour briser les volontés.

Outre la partition de Moss, la force de conviction de la série tient dans sa façon de faire exister concrètement la théocratie homophobe et réactionnaire de Gilead, tout en gardant le mystère sur le reste du monde : les autres pays ont-ils basculé dans le même fanatisme religieux ? L’espoir existe toujours pour June, et la mise en scène rend régulièrement hommage à sa capacité de résilience. La voix off (artifice d’ordinaire périlleux) est ici parfaitement exploitée, et permet d’entrevoir l’état d’esprit d’une héroïne qui doit, la plupart du temps, cacher ses émotions.

 

Une société au service du viol

Des émotions interdites jusque dans “la Cérémonie” : son viol par Waterford, en présence de l’épouse de ce dernier. Intervenant dès le premier épisode, la séquence, éprouvante et dérangeante, résonne particulièrement dans notre époque, où la culture du viol commence enfin à être évoquée et discutée ouvertement (voir, par exemple, la courageuse série Sweet Vicious, malheureusement annulée au bout d’une saison par un diffuseur mal luné). La particularité de The Handmaid’s Tale est d’aborder frontalement le viol sous une forme institutionnalisée : que faire lorsque les lois ne garantissent plus la protection des individus ? Pire, lorsque la société instrumentalise les femmes, et les réduit à des esclaves ? Cette rationalisation de l’innommable trouve son point d’orgue avec le commandant Waterford. Sous ses airs respectables et instruits, il serait l’un des Eichmann modernes : un bureaucrate du mal, adepte du “branding” et piochant dans les écrits bibliques les fumeux “éléments de langage” permettant d’appuyer la politique de ses semblables. Et lorsqu’il se fend d’un “On voulait rendre le monde meilleur. Ce qui ne veut pas dire meilleur pour tout le monde”, on quitte un peu la dystopie de The Handmaid’s Tale pour basculer dans le monde réel…


The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate (2017) série américaine créée par Bruce Miller (librement adaptée du roman La Servante écarlate de Margaret Atwood)

Avec : Elizabeth Moss, Joseph Fiennes, Yvonne Strahovski, Max Minghella, Alexis Bledel, Madeline Brewer, Ann Dowd, Samira Wiley, O.T. Fagbenle.
Saison 1, 10 x 52 minutes, à partir du 27 juin sur OCS Max