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Les sorties du 14 juin 2017

LE FILM DE LA SEMAINE

Nothingwood de Sonia Kronlund ***
Afghan, véritable vedette dans son pays, Salim Shaheen a tourné plus de cent films avec trois bouts de ficelle. Cet admirable documentaire, plein de drôlerie, de tendresse et de gravité nous révèle un personnage inspiré, truculent et inoubliable.

En Afghanistan, entre attentats et raids aériens, un homme exalté et rondouillard tourne quatre films en même temps. Ce n’est pas un débutant : il en a déjà tourné plus de cent. C’est même une grande vedette dans son pays : partout où il passe, chacun veut l’aborder, faire une photo… Comme un poisson dans l’eau parmi la foule, il fait systématiquement rire et applaudir les gens, comme un animateur chargé d’égayer la rue. Cet homme, c’est Salim Shaheen, grand enfant biberonné aux films indiens qu’il allait voir en resquillant dès son plus jeune âge, ce qui lui valut d’innombrables roustes. Comme nombre d’Afghans ayant dû arrêter l’école à cause de la guerre, il sait à peine lire, et pourtant, il sait tout faire : scénariste, producteur, réalisateur et acteur, il fabrique ses films de A à Z. Et tout ça avec des moyens plus que réduits. “Ici ce n’est pas Hollywood ou Bollywood, c’est Nothingwood !” dit-il avec le sourire. Pourtant, on se bouscule pour tourner avec lui : “Salim, je l’aime plus que moi-même, il m’a donné ma chance, il me comprend”, dit l’un de ses acteurs. Comme dans le splendide Ed Wood de Tim Burton, Shaheen est partout escorté d’une clique prête à tout pour lui. Faut-il se badigeonner le visage de sang de poulet pour jouer un cadavre, s’habiller en femme ou danser et chanter en play-back au son d’un téléphone portable : pas de problème. L’enthousiasme du maître est si contagieux qu’il semble que rien ne puisse l’empêcher de tourner. Il faut dire que derrière ce féroce appétit de cinéma, il y a l’envie de sortir les gens de la guerre. Shaheen lui-même était chef d’une milice de défense durant la guerre civile (une guerre pire que celle contre les soviétiques, dit l’un des acteurs) et, déjà, il filmait ses soldats pour les intégrer dans ses fictions. Et quand une bombe s’abattit sur ses hommes, montrer leurs cadavres dans un film fut pour lui une façon de leur rendre hommage. “On apprend beaucoup de ses films, on s’en inspire pour notre vie”, dit un fan. Même chez les Talibans, il y a un marché noir de DVD où s’échangent les œuvres du réalisateur. Ce dernier est pourtant radicalement opposé aux fanatiques. Il parle des gens simples, des marchands de thé, des militaires, et il fait triompher l’honneur et la justice dans des histoires rocambolesques où on se donne des baffes à la Bud Spencer, et où on prend le temps de chanter des succès du cinéma indien. Sonia Kronlund, qui apparaît de temps en temps à l’écran et explique sporadiquement le contexte de telle ou telle séquence, a parfaitement su transmettre à l’écran l’énergie hors-norme du personnage, insérant avec malice de nombreux extraits des films de Shaheen, en écho à ce qu’elle filme. Par moments, le mélange entre fiction et réalité est tel qu’on ne sait plus ce qu’il faut croire. Par exemple, lorsqu’il dirige l’un de ses fils jouant son rôle dans un film autobiographique, le télescopage du réel et de l’imaginaire devient vertigineux. Un tel homme méritait assurément un documentaire. C’est chose faite, et fort bien faite.
G.R.

LES AUTRES SORTIES DE LA SEMAINE

Celle qui vivra ***
À travers les histoires croisées de deux femmes qui ont vécu, l’une la Seconde Guerre mondiale, l’autre la Guerre d’Algérie, le cinéaste Amor Hakkar (@La Preuve) tisse un drame antimilitariste saisissant, servi par une mise en scène élégante.
M.Q.

Ce qui nous lie **
Après dix ans d’absence, Jean revient auprès de sa sœur et de son frère pour s’occuper du domaine viticole familial. Un “feel good movie” sympathique qui, sans faire preuve d’une grande originalité, séduit par la tendresse et la sincérité qu’il dégage.
A.Jo.

Creepy ***
Takakura emménage dans un nouveau quartier et fait la connaissance de son voisin… qu’il soupçonne d’être impliqué dans la disparition d’une famille. En renouant avec le thriller, Kiyoshi Kurosawa signe un film d’une noirceur extrême et d’une maîtrise totale.
T.F.

Free Fire **
Pendant les années 1970, un deal d’armes se déroule (très) mal. De ce postulat minimaliste, le génial Ben Wheatley brode une intrigue rocambolesque en forme d’humble exercice de style virtuose. Anecdotique en apparence, mais réjouissant.
Mi.G.

La Madre **
Avec un magnifique rôle principal, La Madre aborde le thème de l’abandon en inversant le rôle parent/enfant à travers la vie d’un adolescent délaissé par une mère à la dérive : un film initiatique sobre et délicat, qui traine parfois en longueur.
J-A.M.

La Momie **
Tom Cruise revient truster le grand écran avec un film d’aventures complètement idiot mais plutôt drôle, qui revisite le bon vieux mythe de la momie maudite. Le tout filmé avec des moyens pléthoriques, qui en mettront plein les mirettes à un large public.
M.Q.

Nos patriotes **
En évoquant un aspect méconnu de la Résistance, Nos patriotes pouvait se démarquer de nombreux films historiques. Mais l’interprétation est si peu consistante que le film, dénué d’émotion, en devient une simple et honnête documentation sur Addi Bâ.
A.L.

Retour à Monthauk ***
Un écrivain réinvente sa vie à travers un roman, tiraillé entre une femme qui l’aime et un ancien amour qu’il ne peut oublier. Un Volker Schlöndorff tout en finesse, d’une désespérance aussi bouleversante que lumineusement portée par ses interprètes.
G.To.

Un, deux, trois… ***
Après quatre ans de prison, Florian retrouve son ami Anthony et tombe amoureux de Julie, danseuse de bar, qui leur propose une arnaque aux prêts bancaires. Une comédie autoproduite, protéiforme et plaisante, un réel plaisir de filmer.
G.To.

Wùlu ***
À Bamako, de nos jours, l’ascension et la chute de Ladji, 20 ans, apprenti chauffeur se lançant dans le trafic de cocaïne pour trouver une vie décente et sortir sa sœur Aminata de la prostitution. Un thriller au constat politique implacable.
G.To.