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Éclats de jardins Sortie du livre Jardins du cinéma de Michel Berjon

“Un rebord de fenêtre, une cuisine transformée en serres, une allée, un jardinet, une cour, un parc, une vue sur un square… Ne sommes-nous pas tous un peu jardiniers ?”. Ainsi les éditions Petit Génie présentent-elles leur ouvrage Le Jardinier en 100 citations. Il faudrait ajouter à la liste “un extrait de film” : en effet cet éditeur nazairien a récemment publié Jardins du Cinéma dont Michel Berjon est l’auteur. Nous le savions cinéphage depuis de déjà nombreux lustres, chroniqueur aux Fiches et à l’Annuel du Cinéma depuis vingt ans, amoureux de la campagne du pays nantais (où il réside) et défenseur de l’environnement, ce que nombre de ses critiques ont révélé. Enseignant, il avait naguère proposé à ses étudiants en aménagement paysager plusieurs cours sur les jardins dans le cinéma, qui, sur l’insistance de sa fille, Marie, sont devenus une somme de près de 500 pages.

Le mot “somme” pourrait rebuter. À tort. Après avoir cadré avec précision son sujet (le jardin, ce peut être les quelques perches vivrières du petit paysan ou de l’ouvrier banlieusard des années 1900-1930, comme le faste des “jardins à la française” style Le Nôtre), M. Berjon a recensé quelque trois cents films de fiction, les documentaires n’ont pas été pris en compte, un travail aussi imposant que novateur: “explorer le jardin au cinéma, c’est défricher une terre vierge”, souligne-t-il dans son avant-propos. Et défricher, c’est aller un peu à l’aventure : aussi, c’est à une “promenade au cœur de 120 ans de cinéma” que nous sommes conviés. À un “périple en zigzags” pour reprendre l’heureuse formule de Pierre Murat dans son alerte préface. Zigzags subjectifs, marqués, guidés, orientés bien sûr par les goûts de l’auteur. Celui-ci me pardonnera, j’espère, de ne plus le suivre quand il accorde une place notable à Godard dont il écrit pourtant qu’il “a filmé peu de jardins”, ou privilégie les bavardages de Rohmer (dont les préoccupations jardinières sont peu évidentes !) : le parc du Grondement de la montagne de Naruse (1952), absent de la sélection, aurait selon moi bien davantage mérité d’être pris en compte que le jardin public d’Annecy du Genou de Claire ! Et le cinéma français de son âge d’or (années 1930-1950), est plutôt minoré. Mais M. Berjon l’aurait-il voulu, il ne pouvait faire œuvre d’anthologie exhaustive: il en a établi de solides fondements, et Jardins du cinéma s’impose d’emblée comme un ouvrage de référence.

Alors, le meilleur moyen de prendre du plaisir à cette (re?)découverte des jardins et des films qu’il nous propose, est de picorer, à l’aventure, au sein de ses index (1). J’ai ainsi retrouvé avec bonheur, comme inopinément, le parc Montsouris de mon enfance, les jardins ouvriers, croisé Woody Allen, Alain Resnais, Jacques Tati, Jean Renoir, respiré les essences du Vieux jardin coréen de Im Sang-soo… Et d’autres… Merci à M. Berjon de nous aider à créer, à partir d’images, d’évocations et de souvenirs cinématographiques ravivés, notre “jardin extraordinaire” (2).


(1) : 50 pages d’index (par titres, cinéastes ou mots-clés), de bibliographie et filmographie.
(2) : “Il suffit  pour ça d’un peu d’imagination” chantait l’immense Trenet !

Jardins du cinéma de Michel Berjon, 480 pages, Ed. Petit Génie, 2016.