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Prix Jean Vigo 2017

Dans le noir du générique juste éclairé par les enluminures façon stars des noms de l’équipe, la voix de Jeanne Balibar annone et tâtonne, murmure des mots qui deviennent phrases et chanson. Avant même de la voir, on sait qu’elle est déjà elle, l’autre, la Barbara immortelle, que notre mémoire collective a gardé précieusement dans un coin de son cœur, de son âme… Dès lors le pari est gagné, mais d’autres surprises nous attendent.

 

Barbara n’est pas un biopic, mais un rêve, une envolée, une tentative d’approche pour raconter, non seulement la chanteuse, magnétique, fantasque, envoûtante, fragile, mais aussi la création en général, celle qui tâtonne et annone, part dans tous les sens, s’arrête et repart en arrière, se nourrit du vécu, des fantasmes, et des désirs…
Présenté en ouverture de la section Un Certain Regard, Barbara est le cinquième long métrage de Mathieu Amalric derrière la caméra. Il y interprète un réalisateur, Yves Zand, aux prises avec un film sur la longue dame brune. Et Jeanne Balibar incarne Brigitte, une superstar (sans patronyme elle aussi ?) qui semble atterrir à Paris en provenance des États-Unis ou d’un pays lointain et anglophone, avec sa suite, pour personnifier, investir et investiguer le personnage de Barbara. Yves Zand est perdu, confus, amoureux éperdu de l’icône qu’il tente de mettre en scène, par passion, dévotion, et parce qu’elle a, alors qu’il était adolescent, murmuré à son oreille…

 


Il s’appuie sur deux documents inestimables. D’abord, le livre de Jacques Tournier, Barbara, ou les parenthèses, dont, à l’intérieur du film dans le film, il recrée les entretiens en 1968, avec le cinéaste Pierre Léon dans le rôle de l’écrivain et Brigitte en Barbara. Au détour d’une prise, soudain, un vieil homme se lève et interrompt le dialogue pour signifier qu’une affiche n’est pas accrochée au bon endroit, car il la voyait constamment de là où il était assis. Troublé, le vrai Jacques Tournier (cette fois incarné par l’écrivain Pierre Michon) retrouve le temps d’un baise-main sa place auprès de Barbara/Brigitte. L’autre source est un documentaire extraordinaire de Gérard Vergez, tourné quelques années plus tard, en 1972, lors d’une tournée sur les routes de France où l’on voit Barbara tricotant dans une voiture, ou s’installant au piano et discutant avec un régisseur de ce village d’Isère où elle est déjà venue, car elle s’y est cachée, enfant juive, pendant la guerre.

 

 

Par vagues, par bribes, par volutes, l’univers de Barbara, les moments de sa vie, sont évoqués, survolés, arrêtés sur l’écran, les images d’archives se mêlent à la reconstitution. On s’y perd, c’est le but. Est-ce Barbara ? Non, c’est Balibar, enfin Brigitte… C’est un film en train de se faire, comme une chanson en train de s’écrire. Et le résultat, littéralement habité par Jeanne Balibar, c’est un immense film d’amour dédié à deux femmes, l’une chanteuse, l’autre comédienne.


Palmarès complet des Prix Jean Vigo 2017
Prix d’Honneur
Aki Kaurismäki
Pour avoir su, entre humour et laconisme, inventer un cinéma social et poétique à nul autre pareil, à la fois enchanté et désenchanté.
Prix du long métrage
Mathieu Amalric pour Barbara produit par Waiting for Cinéma (Patrick Godeau)
Prix du court métrage
Emmanuelle marre pour Le Film de l’été produit par Kidam (Alexandre Perrier)