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Planetarium de Rebecca Zlotowski Sortie DVD _ mars 2017

Les voies du cinématographe

Au cœur des années 1930, deux sœurs américaines, Laura et Kate, effectuent une tournée européenne pour faire connaître leurs dons de médiums. André Korben, un riche producteur, les engage et les installe chez lui. Il lance la carrière cinématographique de Laura et poursuit inlassablement ses séances et ses expériences de spiritisme avec Kate, certain qu’il pourra un jour enregistrer une manifestation paranormale.

Convocation des esprits, captation de l’invisible, tableau d’époque troublée, acte de foi dans l’image cinématographique, déploiement romanesque… On ne peut pas dire que Rebecca Zlotowski, pour Planetarium, son troisième long métrage après Belle Épine et Grand Central, a manqué d’ambition. Installée dans un temps relativement lointain et posant forcément le problème de la reconstitution (intelligemment résolu par la réduction à une poignée de signes et par le resserrement de la représentation autour des protagonistes), elle a imaginé une fresque intimiste traversée par de nombreux courants successifs et pourtant d’une durée assez courte. Le parcours de ses deux américaines dans la France de l’avant seconde guerre mondiale est retracé en une suite de séquences prenant chacune une dimension nouvelle.

On peut désigner la croyance dans l’image comme étant le thème principal mais cette croyance prend déjà deux chemins différents, certes supposés se rejoindre selon le vœu du personnage masculin le plus important, ce producteur-mécène du nom de Korben. La première voie est celle qu’illumine « naturellement » le cinématographe : la présence humaine est fixée sur la pellicule, éventuellement accompagnée d’artifices et d’effets assumés et reconnus comme tels. La seconde voie est plus expérimentale, plus risquée et a priori moins sensée. C’est celle de la captation, toujours à l’aide de la caméra, de phénomènes paranormaux, de présences immatérielles, de forces invisibles.

Planetarium nous fait adopter plusieurs points de vue, dont celui de Korben. Le chemin que celui-ci décide de suivre résolument le mène à sa perte, indirectement. Car Korben est juif. Rebecca Zlotowski présente aussi, en effet, l’une des innombrables manifestations de l’antisémitisme et l’une de ces chasses au juif à la veille de la guerre. Elle le fait dans une esthétique très calculée et dans une narration assez elliptique. Tout comme la reprise d’archétypes ensuite légèrement subvertis, le passage d’une séquence à une autre, développant un thème différent, peut frustrer ou déstabiliser le spectateur. L’étrangeté de Planetarium tient à cela : c’est un film fantastique qui reste à la lisière, un film historique peu daté, un film sur le désir dans lequel l’érotisme reste furtif ou cérébral, un film romanesque tenant l’émotion à distance et un film sur le cinéma aux références nombreuses mais évasives.

Dans ce dernier domaine, comme dans d’autres, ce sont les termes « réminiscences » ou « affleurements » qui viennent à l’esprit. Nous ne sommes pas face à des renvois directs mais beaucoup de moments cinématographiques remontent à la surface et à la mémoire : l’expressionnisme allemand, le cinéma français des années 1940, l’expérience inachevée de Henri-Georges Clouzot pour L’Enfer, etc. Et sans doute mieux que les deux figures féminines, dont le halo de mystère est préservé parfois un peu trop artificiellement, on retient de ce film singulier celle d’André Korben qu’Emmanuel Salinger, à la chevelure devenue étonnamment blanche, parvient à rapprocher de fameux personnages de Fritz Lang.

Édouard Sivière


Planetarium de Rebecca Zlotowski

Avec : Natalie Portman (Laura Barlow), Lily-Rose Depp (Kate Barlow), Emmanuel Salinger (André Korben), Pierre Salvadori (André Servier), Louis Garrel (Fernand Prouvé), Amira Casar (Eva Saïd), Damien Chapelle (Louis)

France, Belgique, 2016.
Durée : 101 min
Sortie cinéma (France) : 16 novembre 2016
Sortie France du DVD : 21 mars 2017
Format : 2,35 – Couleur – Son : Dolby Digital 5.1. et 2.0.
Langue : anglais – Sous-titres : français.
Boîtier : Keep Case
Éditeur : Ad Vitam

Bonus :
4 scènes coupées (10’)
Bande-annonce