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Qu’est-ce que le cinéma ?

Les 17, 18 et 19 octobre derniers, se tenait un colloque à la Cité des Sciences et de l’Industrie :Enfants Mut@nts : révolution numérique et variations de l’enfance. Il s’agissait de faire le point sur l’usage des nouvelles technologies par les jeunes générations. Enfants et adolescents prennent-ils des risques affectifs et cognitifs en fréquentant assidûment les écrans d’ordinateur, tablettes et autres portables ? Il n’est bien sûr sorti aucune réponse tranchée de ces questions (inquiètes et adultes). Les farouchement “pour” neutralisent les résolument “contre”, les études sérieuses et incontestables sont encore trop rares pour dégager une position commune, et les initiatives d’éducation à Internet font feu de tout bois. On manque surtout de repères. Car on parle comme si le numérique n’était que révolution radicale, bouleversement définitif, raz-de-marée affolant les boussoles. Comme si le langage et l’esthétique engendrés par la technologie numérique surgissaient de nulle part. Pourtant, il y a plus d’un siècle, un écran a fait irruption dans notre civilisation. Il fut, en son temps, l’objet d’interminables débats quant à sa valeur, son intérêt, sa capacité à éduquer ou aliéner les foules. C’était en quelque sorte la nouvelle technologie du XIXe. Malgré tout, cet art s’est construit un langage et une grammaire à partir de son matériau de base : son et image. Il nous a permis jusqu’ici de lire le contemporain et parfois de le comprendre. N’a-t-on pas là une forme artistique adéquate et opérante pour orienter et accompagner les premiers pas des enfants dans la jungle numérique ? Les nouvelles technologies ne viennent pas de nulle part. Il serait en effet difficile de nier la présence du langage cinématographique dans certains jeux vidéo. En naviguant sur Internet, notre familiarité avec les effets de montage peut s’amuser des potentialités discursives ou créatives du lien hypertexte. S’envoyer des SMS, c’est aussi écrire des dialogues en direct, et les réseaux sociaux participent de la mise en scène de soi. Certes, Internet propose une autre façon de consommer des images. Faut-il pour autant jeter plus d’un siècle de réflexion sur la valeur morale d’une image ou d’un son, oublier la remarque de Rivette sur le travelling de Kapo sous prétexte que le support est différent ? Fournir aux enfants des outils d’analyses issus du cinéma ne leur permettra sans doute pas de faire face à l’ensemble des formes visuelles rencontrées sur ces nouveaux médias, mais c’est peut-être un bon départ, un levier intéressant pour ébaucher une histoire, se forger une éthique de l’usage du web. Le cinéma est déjà contaminé, affecté par la présence des nouveaux écrans : il faut maintenant chausser des lunettes avant d’aller voir certains films (car la 3D répond à la volonté d’immersion des nouveaux spectateurs), choisir entre un match de foot, un opéra ouLa Vie d’Adèle (tout ceci via des projections numériques). Il n’y a pas de raisons que la génération analogique ne puisse rien pour les digital natives, ne serait-ce qu’en tentant d’instiller un peu de morale cinématographique dans l’esprit des geeks.