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Atelier cinéma #24 : Le Voyage dans la Lune / Hugo Cabret

Le Voyage Dans La Lune (Méliès, 1902) / Hugo Cabret (Scorsese, 2011)

Un double programme pour une double séance. Depuis la sortie du beau film de Scorsese, j’avais envie de faire un travail en atelier autour du personnage de Méliès. Pour cela, j’ai préparé la séance en affichant dans la pièce plusieurs mots clés : Georges, Lune, magicien, voyage, gare, Méliès, Jules Verne, etc. J’ai annoncé aux enfants que nous verrions deux films séparés par un siècle. Je leur demandai, au fur et à mesure des projections, de faire des liens entre les deux films à partir des éléments inscrits sur les murs.

Nous avons donc commencé par Le Voyage dans la Lune dans sa version la plus récente. Les enfants furent informés qu’il s’agissait d’un des premiers films jamais tournés racontant une histoire, qu’il avait été colorié à la main et réalisé par un monsieur nommé G. Méliès. Pendant la projection, je faisais régulièrement des arrêts sur image pour qu’ils puissent me dire ce qu’ils comprenaient de l’action. Le début fut un peu embrouillé, mais dès le départ de l’obus vers le satellite jusqu’à la fin, les péripéties ont été parfaitement comprises.

Ensuite, nous sommes passés à Hugo Cabret. Deux enfants sur les quatre avaient déjà vu le film lors de sa sortie en salle. Ils étaient très heureux de le revoir. Mon premier étonnement vint de l’absence de relation établie entre le film qu’ils venaient de voir (j’avais fait un très insistant arrêt sur l’image de la lune blessée à l’œil par l’obus) et Hugo Cabret.

C’est un drôle de film, à la construction déconcertante pour un public enfantin. La première heure les a captivés. Ils ont apprécié le dédale de tunnels qu’emprunte Hugo pour se déplacer dans la gare. Le personnage du policier chargé de la surveillance des quais les a beaucoup inquiétés. Lorsqu’ils apprennent que le vieux marchand de jouets est nommé Papa Georges, pas de réaction des enfants. Le dessin réalisé par l’automate est tout de suite mis en rapport avec l’image arrêtée du Voyage dans la Lune. Mais ils n’allèrent pas plus loin. Le film maladroitement construit est le premier fautif.

La figure historique de Méliès et des pionniers du cinéma est bien pâle et ne fait pas le poids, comparée aux péripéties vécues par les deux enfants et les dangers auxquels ils doivent échapper. La passion de Scorsese pour l’histoire du cinéma devient terriblement didactique. La deuxième heure du film ressemble beaucoup trop aux documentaires amoureux réalisés par le cinéaste sur les cinémas américain et italien. À force d’évocations sur les pionniers, la vie de Méliès, sa reconnaissance tardive, l’intérêt des enfants pour le film va en s’affaiblissant. Eux, ce qu’ils veulent savoir, c’est si Hugo va être envoyé en orphelinat.

La jonction entre les deux films n’a pu donc se faire. Leur confrontation n’a pas déclenché d’interprétations fertiles, de mises en relation cinéphiliques. Et c’est bien normal, il ne faut quand même pas trop rêver. C’est sans doute moi qui ai beaucoup trop cru au film, pensant incarner le rôle de l’historien du cinéma, dispensant son savoir aux deux enfants, attentifs et bien élevés. J’ai appris que ça ne se passait pas comme ça dans la réalité. La fiction est plus forte que le documentaire.